EduBourseActualitésExclusivité : les premiers chiffres du Renewable Global Status Report 2018, panorama...

Exclusivité : les premiers chiffres du Renewable Global Status Report 2018, panorama des dynamiques et des obstacles du secteur énergie

À quelques jours de l’ouverture du congrès Smart Energies 2018, Rana Adib, secrétaire générale de l’organisation REN 21*, a accepté de nous dévoiler en exclusivité les grands enseignements du « Renewables 2018 Global Status Report »**, rapport annuel de référence sur l’avancée des énergies renouvelables dans le monde.

Là où les statistiques nationales sont souvent en retard de deux ans, le rapport annuel de REN21 offre une analyse précise et chiffrée de l’avancement de la filière.

Le rapport couvre 96 % des pays du monde dans sa collecte des données, qui proviennent du public, du privé, des ONG, des secteurs producteurs mais aussi consommateurs d’énergie, échappant à une focale centralisée pour mieux refléter la réalité mouvante du marché mondial.

Les investissements sous de bons auspices

Au cours de l’année 2017, les investissements ont été prometteurs : en hausse de 2,2 % après une baisse considérable en 2016, ils atteignent 279,8 milliards de dollars, révélant un engagement, selon Rana Adib. « L’augmentation est un bon signe, car le coût des énergies a continué à baisser ». Ces données concernent l’électricité renouvelable et les biocarburants. Autrement dit, comme le rappelle la secrétaire générale de REN21, « la chaleur et le secteur des transports restent un challenge considérable ».

En effet, du côté de la mobilité, des obstacles contrecarrent encore l’avancée des ENR : dans le monde, les énergies fossiles reçoivent toujours 3 à 6 fois plus de subventions que les énergies renouvelables, « et le secteur des transports dépend encore à 96 % des énergies fossiles », ajoute Rana Adib, qui assène cette vérité imparable : c’est une question de volonté politique. Les cadres réglementaires constituent toujours des barrières. Verdict : « Seuls deux pays, l’Allemagne et l’Autriche, ont une véritable politique intégrée reliant les subventions pour la mobilité électrique à l’approvisionnement en électricité renouvelable. Mais cette approche est aussi en cours de discussion à l’échelle européenne ».

Électrification de la mobilité : une substantielle marge de progression

Si l’électrification et la décarbonation de la mobilité est une tendance promise à un bel avenir, Rana Adib tient donc à relativiser : les véhicules électriques représentent 1 % du marché des véhicules légers dans le monde. « Par ailleurs, c’est de manière générale le secteur électrique qui montre que la transition est possible. La part du renouvelable dans l’électricité globale est d’environ 25 % et elle augmente rapidement. Pour la chaleur, c’est moins de 10%, et dans le secteur des transports, environ 3 % ».

« Ces chiffres mettent en évidence la focalisation sur l’électricité », souligne Rana Adib. Des données à mettre en relation avec celles de la demande, puisque chaleur et transports représentent environ 80% de la consommation. Si l’électrification des usages progresse, de franches avancées dans les autres secteurs sont essentielles pour que la transition soit complète. « C’est pourquoi le domaine des multi-énergies est important. Il faut décloisonner », affirme Rana Adib, qui tient également à transmettre un message : « Les mentalités doivent changer, et il faut que les entreprises mettent en place une approche de services énergétiques. Une société comme Engie en France, ou ENEL en Italie, l’ont bien compris, intégrant pleinement cette logique dans leur stratégie d’entreprise ».

L’industrie, secteur de plus en plus ambitieux

Quant à l’industrie, elle est un secteur de plus en plus audacieux. La tendance des microgrids se confirme. « La grande évolution, c’est que les énergies renouvelables sont économiquement viables », explique Rana Adib. Aussi de nombreux industriels investissent dans la performance énergétique. La secrétaire générale de REN21 note également une montée de l’innovation technologique du solaire thermique à des températures moyennes, permettant l’usage d’ENR dans des dispositifs industriels.

Où les ENR sont-elles en ébullition ? Comme les années précédentes, la Chine est le pays le plus dynamique. Viennent ensuite, dans le classement des installations ENR, les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Allemagne. « Mais lorsqu’on compare avec le PIB des pays, on raconte l’histoire autrement, car de nombreux pays en développement apparaissent. »

Ce changement d’échelle est révélateur. « Même si la Chine représente 45 % des investissements, il est essentiel de savoir qu’aujourd’hui, les énergies renouvelables, cela a lieu partout ! ».

La France 7ème mondiale pour l’éolien, 8ème pour le photovoltaïque

Où en est la France ? « Elle ne fait partie du top 3 dans aucune des activités », tranche Rana Adib. « Mais la France avance bien dans le domaine des réseaux de chaleur », ajoute-t-elle, faisant référence à l’inauguration en 2015 de la première installation solaire thermique française sur réseau de chaleur, à laquelle se sont depuis ajoutées 4 autres installations. Mme Adib note également les dynamiques intéressantes du côté des territoires, des nouveaux modèles de gouvernance impliquant les citoyens, les logiques de « peer to peer » et de décentralisation facilitée par la blockchain, terrain d’innovations. Enfin, l’hexagone se classe 8ème en termes de puissance installée photovoltaïque en 2017. Quant à l’éolien, il atteint la 7ème place.

Les villes, leviers d’expérimentations

Rana Adib place beaucoup d’espoir dans les villes, qui sont selon elle un véritable levier d’innovations. Et tant mieux, car en 2050, 75 % de la population vivra dans des villes. « Beaucoup de villes arrivent à trouver des approches systémiques, notamment grâce une approche d’aménagement du territoire développant une perspective horizontale. »

Saluant au passage les plus de 100 entreprises engagées à s’alimenter à 100 % à partir d’énergies renouvelables, Rana Adib a l’art de la nuance. Elle souligne le manque de volonté politique, des réglementations encore rigides, les systèmes économiques en place et les peurs qui empêchent de « laisser derrière nous un système énergétique sans avenir, et de mettre en place la transition à une échelle plus vaste, grâce à des solutions intégrées ».

« Quitter notre zone de confort »

Lors de la keynote d’ouverture, où sera dévoilé en exclusivité le rapport annuel de REN21, Rana Adib soulignera les bénéfices de l’approche systémique unique de l’organisation multipartite. Une approche qui met à un point d’honneur à dessiller les acteurs sur les blocages et les défis majeurs du secteur. « Mais la mutation des marchés énergétiques, les nouvelles approches territoriales éveillent l’optimiste en moi », ajoute-t-elle, en demi-teinte, avant de conclure, avec une tonalité tout à la fois de réprimande et d’espoir : « Il faut quitter notre zone de confort ! »

*Fondée en 2005 à l’issue de la Conférence internationale pour les énergies renouvelables à Bonn, REN21 est une ONG atypique, un réseau multipartite rassemblant des acteurs de tous bords et détenteur d’une fine connaissance du marché de l’énergie

**le rapport annuel de REN21 est fabriqué grâce à une communauté hétérogène de 400 à 450 experts actifs chaque année. Les atouts de cette étude : outre une approche systémique unique

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
ARTICLES SIMILAIRES
1200
1200