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Viviane REDING Membre de la Commission européenne en charge de l’éducation et de la cultureTitre Honoris Causa Université de TorinoTORINO, 9 SEPTEMBRE 2004

Université de Torino
Torino, 9 septembre 2004

Monsieur le Recteur,

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi d’être ici aujourd’hui pour recevoir le titre honoris causa de l’université de Turin dans le cadre du 600ème anniversaire de ce prestigieux établissement. Cette université a une vocation européenne et internationale affirmée depuis son origine. Napoléon en avait d’ailleurs fait la seconde université, après celle de Paris, d’un Empire qui comprenait la majeure partie de l’Europe. Aujourd’hui encore, l’Université de Turin fait preuve d’un formidable dynamisme en matière de coopération internationale : elle gère quelque 250 accords avec des universités des cinq continents et elle est aussi le siège de l’université franco-italienne.

Son ouverture internationale la rend donc d’autant plus sensible aux enjeux et aux réformes qui affectent les secteurs de l’éducation et de la formation en Europe depuis plusieurs années, en particulier les processus de Lisbonne et de Bologne et Copenhague.

Le Processus de Lisbonne

Au cours du mandat de la Commission Prodi, l’éducation et la formation professionnelle ont enfin pris la place qui leur revenait dans l’action de l’Union européenne. Nous avons, bien sûr, pu bâtir sur les acquis des décennies précédentes en matière de coopération européenne, y compris, notamment, les programmes Socrates et Leonardo da Vinci. Ces programmes ont prouvé l’utilité – et même la nécessité – d’une action au niveau communautaire.

Mais la Commission a toujours dû faire face à une certaine réserve de la part des Etats membres lorsqu’il s’agit de mener, dans le cadre communautaire, une réflexion plus approfondie sur le rôle de l’éducation et de la formation dans la société et l’économie vers lesquelles nous voulons évoluer. Cette réserve est compréhensible, car l’éducation est un sujet politiquement, et même constitutionnellement, sensible dans bien des pays : elle joue un rôle capital dans la définition et la transmission des valeurs fondamentales, de l’identité d’une nation, d’où la nécessité de préserver la primauté des prérogatives nationales.

La réunion du Conseil européen à Lisbonne en mars 2000 a permis un changement de cap, plus même, une « révolution silencieuse » !

A cette occasion, les chefs d’Etat et de gouvernement ont fixé à l’Europe l’objectif de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde».

Qui dit « connaissance », pense nécessairement acquisition du savoir et des compétences », donc éducation et formation. Qui dit « connaissance au niveau européen », compare ses propres capacités aux compétences des autres.

Suivant cette méthode, les Etats membres développent des outils comparatifs pour stimuler l’innovation et renforcer la qualité et la pertinence des programmes nationaux pour diffuser les bonnes pratiques. Le but est clair : la stimulation doit mener aux réformes et donc à l’amélioration de systèmes éducatifs. Il s’agit en quelque sorte d’une grande école d’apprentissage mutuel.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont invité les ministres à mettre en place les objectifs futurs des systèmes d’éducation et de formation. Cela a mené au programme de travail Education et formation 2010.

A côté d’objectifs comme l’amélioration des compétences de base, l’optimisation de l’utilisation des ressources, l’augmentation du recrutement dans les filières scientifiques et techniques ou le développement de l’esprit d’entreprise, les ministres se sont fixé également des objectifs dans des domaines comme la citoyenneté active, l’égalité des chances et la cohésion sociale, ou – dans un domaine qui m’est cher – l’amélioration de l’enseignement des langues étrangères. Les trois slogans (lancés lors de « l’année européenne des langues » en 2001) « langue maternelle +2 », « dès le plus jeune âge » et « en favorisant la langue du voisin » ont depuis été repris dans les politiques de la plupart des Etats membres.

En ce qui concerne ce dernier point, nous l’avons vécu même à l’intérieur de la Commission. Même si, par la force des choses, une progression très nette de l’anglais comme langue de travail commune a été remarquée au cours des dernières années, la Commission demeure fortement attachée à la diversité culturelle et linguistique. Par ailleurs, mon successeur désigné en charge de l’éducation et de la culture dans la future Commission, M. Figel, est également chargé de manière explicite du multilinguisme.

En février dernier, les ministres de l’éducation et la Commission ont dressé ensemble un premier bilan des progrès réalisés pour atteindre les objectifs de Lisbonne. Le bilan est mitigé : même si nous avons fait quelques progrès, de nombreux signaux d’alerte restent allumés.

En 2000, l’investissement public en éducation, mesuré en proportion du PIB, était de 5% dans l’Union, soit un chiffre comparable à celui des Etats-Unis (4,8 %) et supérieur à celui du Japon (3,5 %). Toutefois, au cours de la période 1995-2000, l’effort public a diminué dans la plupart des Etats membres. De plus, l’Union souffre d’un sous investissement du secteur privé, en particulier dans l’enseignement supérieur et dans la formation continue.

En outre, la dépense par étudiant est aux Etats-Unis et au Japon supérieure à celle de l’Union pour tous les niveaux du système d’enseignement. C’est dans l’enseignement supérieur que la différence est la plus grande : l’Union y dépense deux fois moins par étudiant que les Etats-Unis. Il est intéressant de noter que les dépenses publiques sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. La différence vient du secteur privé : 0,2 % du PIB seulement en Europe contre 1,2 % du PIB aux Etats-Unis.

Voici une sélection des majeurs clignotants au rouge.

Le décrochage scolaire est de 20% en moyenne européenne.
Un nombre élevé de jeunes n’atteignent pas le niveau normal des compétences clés, l’étude Pisa en est témoin.
La participation au Life Long Learning est insuffisante : taux de participation moyen 8,5%.
Il n’y a pas assez de diplômés en enseignement supérieur : Union 23%, Japon 36%, USA 37%.
Pour un nombre égal d’universités en Europe et aux Etats-Unis, l’attractivité de l’enseignement aux USA est plus grande. En effet, le nombre d’étudiants étrangers y est beaucoup plus important (d’Amérique latine 60.000 aux USA et 20.000 seulement en Europe; de l’Asie 320.000 aux USA et 180.000 seulement en Europe). En même temps 100.000 chercheurs européens ont déménagé aux USA !
Pour moi, le message est clair. L’Union et les Etats membres ne font pas assez. Nous sommes en train de construire une société de la connaissance sans connaissance suffisante, en oubliant les fondations : c’est-à-dire éduquer et former les individus. Par ces déficits nous sommes en train de mettre en danger notre croissance et notre compétitivité futures.

Qui plus est, nous mettons en danger les fondements de nos sociétés. Pour moi il est clair que l’éducation ne poursuit pas uniquement des buts économiques. L’éducation concerne avant tous les individus. L’éducation doit permettre à chacun d’entre eux de réaliser son potentiel et ses aspirations. Elle doit permettre à chacun de participer à la vie sociale, culturelle et politique. Elle doit permettre aux individus de tirer profit des opportunités offertes par la société de la connaissance.

En ce sens, développement « économique » et évolution de la « citoyenneté » sont intimement liés.

Alors : que faire pour résoudre les problèmes, sachant que l’accroissement du niveau moyen des études d’un an amène un taux de productivité supérieur de 4 à 6 % à court terme ?

La Commission et les ministres ont identifié trois priorités nécessaires à la réussite de notre action :

Concentrer les réformes et les investissements sur les points clés, en mobilisant les ressources nécessaires et renforçant l’attrait de la profession d’enseignant et de formateur ;
Faire de l’apprentissage tout au long de la vie une réalité concrète, en mettant en place des stratégies cohérentes, en ciblant les groupes défavorisés et en s’appuyant sur des principes européens communs; et
Construire – enfin ! – l’Europe de l’éducation et de la formation, en mettant rapidement en place un cadre européen des qualifications, en éliminant les obstacles à la mobilité et en renforçant la dimension européenne dans l’éducation.
Ces buts en eux-mêmes ne sont pas nouveaux. Ce qui est nouveau, c’est leur caractère commun. Les Etats membres se sont mis d’accord de travailler ensemble après avoir, pendant des décennies, opéré en ordre dispersé. Par là, ils reconnaissent que les réformes au niveau national sont susceptibles d’être plus pertinentes, si elles sont basées sur des expériences faites par d’autres.

En même temps les Etats membres se sont mis d’accord sur cinq objectifs quantifiés à atteindre d’ici à 2010 :

Diminuer de moitié le nombre de jeunes quittant le système scolaire sans qualification (actuellement 20%) ;
Abaisser le nombre d’élèves ayant des difficultés en lecture de 20% ;
Relever le pourcentage des jeunes ayant au moins atteint le niveau d’éducation secondaire supérieur à 85% ;
Au moins 12,5 % des adultes européens devraient chaque année avoir accès à l’éducation et la formation tout au long de la vie (actuellement 8,5%) ;
Le nombre de diplômés en sciences et en technologie devrait augmenter de 15 % et le déséquilibre entre les hommes et les femmes dans ce domaine diminuer.
Bien sûr, l’effort pour atteindre nos objectifs doit se faire tout au lond du cycle éducatif, en commençant par le préscolaire. Mais, permettez-moi, dans cette enceinte universitaire vénérable, d’insister surtout sur les actions en matière d’éducation supérieure.

Le processus de Bologne

En 1999, les ministres de l’éducation d’une trentaine de pays réunis à Bologne se sont engagés, dans une déclaration commune, à bâtir un espace européen de l’enseignement supérieur d’ici à 2010.

Cette déclaration de Bologne s’articule autour de 6 actions :

Un système de grades académiques facilement «lisibles» et comparables, incluant la mise en oeuvre du supplément au diplôme (qui vise à améliorer la “transparence” internationale et à faciliter la reconnaissance académique et professionnelle des qualifications);
Un système essentiellement fondé sur deux cycles : un premier cycle utile pour le marché du travail d’une durée d’au moins 3 ans et un deuxième cycle (Master);
Un système d’accumulation et de transfert des crédits (du type de l’ECTS déjà utilisé avec succès dans le cadre de Socrates-Erasmus);
La mobilité des étudiants, des enseignants, et des chercheurs;
La coopération en matière d’assurance de la qualité; et enfin
La dimension européenne de l’enseignement supérieur.
Ce cadre commun doit permettre une plus grande transparence internationale, tant académique que professionnelle. Il doit également favoriser la mobilité de nos étudiants et diplômés et contribuer à l’attractivité de l’enseignement supérieur européen.

Lors de la conférence de suivi à Berlin en septembre dernier, il fut décidé d’accélérer le processus en fixant certains objectifs à court terme. Ainsi, d’ici 2005, tous les Etats signataires devront:

avoir adopté un système en deux cycles,
délivrer gratuitement et automatiquement à tous leurs diplômés le supplément au diplôme dans une langue de grande diffusion,
et avoir mis en place des systèmes institutionnalisés en matière d’assurance de la qualité et d’accréditation.
Le processus de Bologne a commencé avec 29 pays signataires. Il en compte désormais 40. La Conférence de Berlin a ainsi marqué un élargissement du processus vers l’est et le sud-est de l’Europe avec l’adhésion au processus de quatre Etats des Balkans occidentaux et de la Russie.

Bien qu’il s’agisse d’un processus intergouvernemental, l’Union européenne y joue un rôle significatif. La Commission fait partie du groupe de suivi des réformes de Bologne et elle contribue à la mise en œuvre de celles-ci en coordonnant les actions et en finançant des projets pilotes transnationaux.

La Commission contribuera aussi au travail d’inventaire, afin de présenter un aperçu des avancées réalisées dans les Etats signataires lors de la conférence ministérielle de Bergen en mai 2005. Cette conférence constituera une étape importante, puisqu’elle permettra de juger des progrès de chacun. La date-butoir de 2005 est pour les Etats signataires une formidable incitation à mettre en œuvre les réformes nécessaires au plus vite.

Erasmus Mundus

Afin d’accroître l’attractivité de l’Espace européen de l’enseignement supérieur et de promouvoir la dimension européenne de l’enseignement supérieur, j’ai en outre proposé un nouveau programme appelé « Erasmus Mundus ».

Ce programme prévoit des cursus communs au niveau “masters” entre plusieurs universités de plusieurs Etats membres. Les étudiants doivent – pour obtenir leur “master européen” – avoir étudié dans au moins 3 universités, tout en ayant appris (au-delà de leur spécialité) les langues et diversités culturelles de leurs universités hôtes.

Le premier appel à candidatures a connu un franc succès et je peux vous dire aujourd’hui que nous aurons les premiers 14 Masters européens à compter de cette année universitaire et que les étudiants inscrits seront originaires de 80 pays tiers. C’est une grande réussite !

Jusqu’en 2008, la mise en place de 250 joint-ventures entre universités est prévue, permettant à des étudiants de pays tiers et à des professeurs invités d’accéder à ces « masters européens ». Pour ce faire, des bourses substantielles seront octroyées.

Compte tenu du succès de ce nouveau programme et consciente de la place de la Chine sur la scène internationale, la Commission a récemment approuvé un financement supplémentaire pour un volet spécifiquement chinois d’Erasmus Mundus : « China window ». Cette action va permettre le financement de bourses supplémentaires pour les étudiants chinois qui viennent étudier en Europe et de partenariats entre universités européennes et universités chinoises. C’est une première action spécifique dans le cadre « Erasmus Mundus ». D’autres vont certainement suivre.

Je suis confiante que Erasmus Mundus va remettre les universités européennes sur le devant de la scène au niveau mondial, en devenant un pôle d’attraction pour les meilleurs étudiants, professeurs et chercheurs du monde entier. Mais notre action ne s’arrête pas là. J’ai proposé, le 14 juillet dernier, un nouveau programme intégré « éducation / formation professionnelle » pour la période 2007/2013, avec un solide financement communautaire : 13,6 milliards d’euros pour la période de 7 ans. Aux Etats membres et au Parlement européen de montrer que leurs engagements pour un véritable espace européen de l’éducation tiennent la route face à l’écueil du financement indispensable à une action conséquente.

Si nous voulons créer une société de la connaissance et réussir le processus de Lisbonne, l’éducation et la formation sont la clé pour une société innovante. Permettez-moi de vous donner trois exemples :

En dépit du ralentissement de l’économie, les « knowledge-intensive » services en général, et le secteur des nouvelles technologies de l’information en spécial, continuent d’avoir besoin d’une main d’œuvre très qualifiée : au cours des cinq dernières années, 60% des nouveaux emplois ont été créés dans les secteurs à haut niveau de qualification.
L’économie de la Connaissance est déjà une réalité. Elle représente aujourd’hui plus de 50% de la richesse dans les pays industrialisés. De plus, au cours des cinq dernières années, la progression de l’emploi dans les secteurs dits à haute densité de connaissances (secteur employant plus de 40% de diplômés de l’enseignement supérieur) a été trois fois supérieure à la croissance moyenne de l’emploi tous secteurs confondus. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont déjà révolutionné notre manière de travailler, de communiquer ou de faire des affaires.
Les nations européennes les plus compétitives classées dans le “Global Competitiveness Report 2003/2004” du World Economic Forum (1ère place mondiale pour la Finlande, 3ème place pour la Suède, 4ème pour le Danemark) sont celles dont les systèmes éducatifs sont les plus performants !
L’éducation est, à bien des égards, la clé qui nous permettra d’atteindre nos objectifs économiques et sociaux. Elle permet aussi de rapprocher les peuples et de contribuer à une plus grande compréhension entre les cultures. Elle est en outre le moyen pour répandre les valeurs démocratiques et citoyennes qui sont les nôtres.

Dans ce contexte, je voudrais vous rappeler un proverbe chinois : « Si tu veux une année de prospérité, cultive du riz. Si tu veux dix ans de prospérité, plante des arbres. Si tu veux cent ans de prospérité, éduque des hommes ».

L’éducation et la formation réussissent le tour de force de relever les défis économiques et de la société de la connaissance, tout en restant fidèles à l’esprit humaniste des pères fondateurs de l’Europe. C’est aussi cela la spécificité européenne !

Je vous remercie pour votre attention.

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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