EduBourseActualitésRésumé - Rapport sur l'emploi en Europe 2004

Résumé – Rapport sur l’emploi en Europe 2004

Croissance économique globale lente et performances inégales de l’emploi en Europe en 2003

Reflet de la lente croissance économique dans l’UE en 2003, …
La reprise économique mondiale a continué de s’accélérer en 2003, avec une croissance relativement forte aux États-Unis et au Japon. En réalité, le redressement de l’économie américaine s’est intensifié aux troisième et quatrième trimestres 2003 et s’est traduit par une croissance de 3,1% sur l’ensemble de l’année, contre 2,2% l’année précédente. De même, on a observé un net redressement au Japon avec une croissance de 2,5% du PIB en 2003 par rapport à une croissance négative de 0,3% en 2002. En revanche, la croissance économique de l’Union européenne élargie (UE25) a diminué pour s’établir à 0,8% en 2003, contre 1,1% l’année précédente.

… la croissance de l’emploi dans l’UE a été limitée … La croissance de l’emploi a été limitée en 2003 dans l’UE25. Le ralentissement de la croissance de l’emploi qui s’est amorcé au cours du premier semestre de 2001 et a vu la croissance marquer une pause au dernier trimestre 2002 a été suivi par une reprise très modérée en 2003. Pour l’ensemble de l’année, la croissance de l’emploi a été quasiment statique, 0,2%, tandis que le taux d’emploi a grimpé à 9,1% (UE15: 8,1%), contre 8,8% en 2002.

… et inférieure à celle enregistrée aux États-Unis et au Japon. Aux États-Unis, le marché du travail a montré des signes d’amélioration plus marqués en 2003, ce qui coïncide avec la reprise de l’économie américaine. Après les baisses des deux années précédentes, l’emploi a progressé de 0,9%. Cependant, le chômage a continué d’augmenter pour se situer à 6,0% en moyenne sur l’année, contre 5,8% en 2002. Dans le même temps, la baisse continue de la population en âge de travailler au Japon a entraîné un nouveau recul de l’emploi, à un rythme toutefois inférieur à celui des dernières années.

La situation de l’emploi s’est détériorée pour les jeunes et les personnes peu qualifiées, les travailleurs de l’industrie et les chômeurs de longue durée. Bien que les niveaux d’emploi globaux dans l’UE n’aient, pour l’essentiel, pas montré de signe de recul sur la période 2000-2003, au contraire des États-Unis et du Japon, la situation des marchés du travail européens s’est dégradée dans certains secteurs, notamment dans l’industrie, pour les jeunes et les personnes peu qualifiées. De plus, le chômage de longue durée dans l’UE apparaît à nouveau à la hausse en passant à 4,0% en 2003 (UE15: 3,3%), ce qui marque une rupture par rapport à la tendance à la baisse progressive observée sur la période 1998-2001 en particulier.

Les performances de l’emploi ont été inégales dans les États membres en 2003: les taux de croissance négatifs dans plusieurs États membres …
Les performances en matière d’emploi ont été inégales dans l’UE25 en 2003. Près de la moitié des États membres ont enregistré une croissance négative de l’emploi. La situation s’est détériorée en 2003 en République tchèque, en Finlande, aux Pays-Bas et en Suède qui ont tous vu la croissance de l’emploi prendre une tournure négative en cours d’année. De plus, pour la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, la Pologne, le Portugal et la Slovénie, la croissance négative de l’emploi enregistrée en 2002 s’est poursuivie en 2003, tandis que la croissance de l’emploi en France a marqué une pause au dernier trimestre 2003.

… contrastent avec une croissance positive supérieure à 1% dans d’autres. Par contre, dix États membres ont enregistré une croissance positive de l’emploi supérieure à 1%. En Espagne en particulier, la croissance de l’emploi est restée relativement forte aux alentours de 2%, avec des signes de progression modérée. En Italie, la croissance de l’emploi est restée positive, autour de 1%, malgré une diminution par rapport aux niveaux supérieurs enregistrés précédemment. La croissance de l’emploi a également dépassé 1% en Estonie, en Grèce, en Irlande, en Hongrie, en Lettonie, en Lituanie, au Luxembourg et en République slovaque.

Perspectives de croissance de l’emploi toujours en demi-teinte pour 2004 et 2005. Malgré l’amélioration prévue de l’activité économique globale, le ralentissement économique prolongé qu’a connu l’Europe au début des années 2000 devrait continuer de peser sur les résultats du marché de l’emploi, d’où la perspective d’une croissance seulement modérée de l’emploi en 2004 et 2005. Cet élément doit être pris en considération dans l’évaluation des perspectives d’emploi de l’UE par rapport aux objectifs et aux taux d’emploi visés dans la stratégie de Lisbonne et la stratégie européenne pour l’emploi.

Union européenne élargie – (à nouveau) sur la voie des objectifs de Lisbonne?

Par rapport aux objectifs fixés d’ici 2010 dans la stratégie de Lisbonne et la stratégie européenne pour l’emploi … Les performances en matière d’emploi sont un élément essentiel de la stratégie de Lisbonne qui vise à faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale. Les lignes directrices pour l’emploi ont fixé trois objectifs généraux et complémentaires: le plein emploi, la qualité et la productivité du travail et la cohésion sociale et l’insertion. Elles ont également intégré les objectifs de taux d’emploi d’ici 2010 formulés par les Conseils de Lisbonne et Stockholm en 2000/2001: 70% dans l’ensemble, plus de 60% chez les femmes et 50% chez les travailleurs âgés.

… en 2003, le taux d’emploi moyen de l’UE a stagné autour de 63% dans l’ensemble et de 55% pour les femmes, mais il est passé à plus de 40% pour les travailleurs âgés. Par rapport à ces objectifs, le taux d’emploi global dans l’UE25 a stagné juste sous les 63% en 2003 (UE15: 64,3%). L’augmentation marginale du taux d’emploi, limitée à 0,1 point de pourcentage en 2003, a été largement inférieure aux augmentations annuelles observées à partir de la fin des années 1990 jusqu’en 2001 et a principalement résulté d’augmentations durables des taux d’emploi des femmes, 0,3 point de plus en moyenne pour passer à 55,0% (UE15: 56,0%), alors que le taux a légèrement baissé pour les hommes (70,8%, UE15: 72,6%). Comme en 2002, le taux d’emploi des personnes de 55 à 64 ans a progressé de façon plus notable, de quelque 1,5 point, et s’élève à 40,2% en 2003 (UE15: 41,7%). Sur le plan négatif, la situation des jeunes (soit les personnes âgées de 15 à 24 ans) sur le marché de l’emploi dans l’UE s’est généralement détériorée ces trois dernières années.

Les faibles taux d’emploi des femmes, des travailleurs âgés et des personnes peu qualifiées demeurent les symptômes des problèmes structurels des marchés européens du travail. Malgré la progression des taux d’emploi sur la période 1997-2002 et les améliorations structurelles des performances du marché de l’emploi à la fin des années 1990 – ce que semblent indiquer la réduction du NAIRU (taux de chômage non inflationniste), les augmentations relativement fortes de l’offre de main-d’oeuvre et la résistance durable de l’emploi au ralentissement économique – les États membres connaissent des problèmes structurels sur le marché du travail. Ce sont notamment des taux d’emploi faibles, en particulier pour les femmes, les travailleurs âgés et les personnes peu qualifiées, ainsi que les disparités régionales persistantes au niveau des taux d’emploi et de chômage.

Les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de taux d’emploi d’ici 2010 dépendront largement de la mise en oeuvre de nouvelles réformes des marchés du travail … Considérée dans son ensemble, l’UE reste très loin des objectifs de Lisbonne. Les taux d’emploi d’ensemble, des femmes et des personnes âgées en 2003 sont inférieurs de 7, 5 et 10 points de pourcentage aux objectifs d’emploi fixés d’ici 2010. La réalisation de ces objectifs dépendra dans une large mesure de la mise en oeuvre de nouvelles réformes du marché du travail en vue d’améliorer les perspectives d’emploi, notamment pour les femmes, les travailleurs âgés et les personnes peu qualifiées, et de favoriser la création d’emploi dans le secteur des services. Il est également nécessaire de lutter contre la progression récente du chômage des jeunes et du chômage de longue durée.

… qui favorisent également l’amélioration de la qualité et de la productivité du travail et encouragent la cohésion sociale et l’insertion.
À la lenteur des progrès réalisés vers le plein emploi correspondent une évolution décevante de la productivité et un fort potentiel de renforcement de l’inclusion sociale et de la cohésion régionale et d’amélioration de la qualité du travail, comme l’indique la récente communication de la Commission “Amélioration de la qualité de l’emploi”. Les progrès accomplis dans la réalisation de la stratégie de Lisbonne – et le développement de la société de la connaissance en portant les dépenses de R&D à 3% du PIB notamment – exigent donc aussi que ces réformes favorisent les améliorations de la qualité et de la productivité du travail et encouragent la cohésion sociale et l’insertion.

Les priorités d’action dans ce domaine ont été identifiées par la task-force européenne pour l’emploi et dans les lignes directrices pour l’emploi en 2003-2006. Le rapport de cette année confirme que la mondialisation, l’évolution technologique et l’intégration économique, d’une part, et le vieillissement rapide de la population, d’autre part, exercent une influence accrue sur les modes de vie et de travail en Europe ainsi que sur les modes de production des biens et des services. L’analyse du rapport corrobore l’appel lancé par le Conseil européen du printemps 2004 aux États membres en vue d’une action décisive dans quatre domaines spécifiques identifiés par la task-force européenne sur l’emploi présidée par Wim Kok: améliorer la capacité d’adaptation des travailleurs et des entreprises; attirer davantage de personnes sur le marché du travail et faire du travail une véritable option pour tous; investir davantage et plus efficacement dans le capital humain; améliorer la mise en œuvre des réformes par une meilleure gouvernance. En conséquence, les États membres doivent continuer à adopter des politiques conformes aux lignes directrices pour l’emploi 2003-2006 et à mettre en oeuvre les recommandations spécifiques adressées à chaque pays.

Les chapitres thématiques du rapport de cette année contiennent des analyses approfondies fondamentales pour ces priorités d’action:
• principaux déterminants des taux d’emploi;
• disparités transnationales de l’emploi dans les services;
• sortie de l’emploi peu rémunéré et précaire;
• effets de l’externalisation, des délocalisations et de la mondialisation sur l’emploi. Les chapitres thématiques du rapport de cette année abordent la plupart de ces domaines par des analyses approfondies qui concernent: premièrement, les déterminants des taux d’emploi et le rôle des institutions du marché du travail et des politiques actives sur le marché du travail, notamment dans la détermination de l’évolution du taux d’emploi global dans le temps (chapitre 2); deuxièmement, l’évolution et la nature de l’écart UE-États-Unis en matière d’emploi dans le secteur des services et les déterminants des différences entre les pays au niveau des structures de l’emploi (chapitre 3); troisièmement, les déterminants de la dynamique de l’emploi et du marché du travail et de la sortie de l’emploi peu rémunéré et précaire, notamment le rôle des différentes formes d’investissements dans le capital humain (chapitre 4); et, enfin, un débat sur les effets de l’externalisation, de la délocalisation et de la mondialisation sur l’emploi (chapitre 5).

Les institutions et les politiques actives du marché du travail sont importantes: examen approfondi des déterminants des taux d’emploi

Explication de l’évolution globale des taux d’emploi sur la période 1997-2002: Parmi les principaux déterminants potentiels des performances du marché de l’emploi figurent: le niveau de la fiscalité sur le travail; les caractéristiques des conventions collectives et du mécanisme de fixation des salaires; les régimes d’indemnisation du chômage; le niveau et la composition des politiques actives du marché du travail (PAMT). Une évaluation de ces politiques exige de mieux comprendre les interactions probables entre les différents ensembles d’institutions et de politiques – interactions qui peuvent se compléter ou s’annuler. Les résultats d’une telle évaluation fondée sur des analyses économétriques relèvent toutefois d’un choix méthodologique et doivent donc être interprétés avec prudence.

l’augmentation du travail à temps partiel et l’intensité des dépenses dans les politiques actives du marché du travail ont contribué à la progression du taux d’emploi. Ce chapitre confirme clairement que l’ouverture aux échanges est un déterminant clé de la croissance de l’emploi, probablement par le canal de la croissance, mais les politiques de l’emploi ont aussi leur importance. Les augmentations de la proportion de contrats à temps partiel et de l’intensité des dépenses dans les PAMT (pourcentage du PIB consacré aux PAMT par rapport au nombre de personnes sans emploi) sont deux des facteurs les plus importants de l’augmentation du taux d’emploi. Parmi les diverses catégories de dépenses dans les PAMT, l’intensité des dépenses consacrées aux mesures en faveur des jeunes et aux services publics de l’emploi a l’impact positif le plus fort sur le taux d’emploi.

En prenant en compte les interactions potentielles avec d’autres politiques et institutions, toutes les catégories de dépenses dans les PAMT ont un impact positif sur le taux d’emploi. Toutefois, si l’on prend en considération l’interaction entre les différentes catégories de PAMT, toutes semblent avoir un impact positif sur le taux d’emploi, même si l’impact des dépenses dans les services publics de l’emploi et les mesures en faveur de la jeunesse est plus marqué que celui des dépenses consacrées à la création directe d’emplois et à la formation. Si l’on considère l’interaction entre les dépenses dans les PAMT et le taux de compensation brut (une mesure des prestations de chômage et de sécurité sociale par rapport au revenu du travail), l’effet de l’intensité des dépenses consacrées aux mesures en faveur de la jeunesse est plus important dans les pays où le taux de compensation est relativement élevé. Au contraire, l’effet positif de la formation est légèrement réduit dans les pays où le taux de compensation est élevé.

Par contre, l’évolution du coin fiscal ne semble pas avoir d’effets à long terme sur l’emploi. Entre 1997 et 2000, le coin fiscal moyen (non pondéré) pour l’UE15 a diminué d’environ un point de pourcentage. Toutefois, alors qu’il est probable que, pour des raisons microéconomiques, le coin fiscal soit particulièrement dommageable pour les personnes peu qualifiées, l’évolution du coin fiscal dans l’ensemble n’a pas d’effet significatif à long terme sur les performances en matière d’emploi, sans doute parce qu’elle peut masquer une évolution compensatrice des composantes du coin fiscal, notamment les cotisations de sécurité sociale des employeurs, les cotisations des salariés et l’impôt sur le revenu. Parmi les différentes composantes du coin fiscal, les cotisations patronales de sécurité sociale semblent avoir une incidence sur le taux d’emploi.

Les effets sur l’emploi des PAMT et de l’évolution du coin fiscal ou du taux de substitution dépendent également du niveau de coordination de la négociation. De plus, la réponse de l’emploi aux PAMT et à l’évolution des variables stratégiques est influencée par le niveau de coordination de la négociation. Lorsque la négociation est décentralisée ou centralisée, la performance de l’emploi tend à être moins influencée par l’évolution du coin fiscal ou du taux de compensation, par rapport aux systèmes où la négociation s’effectue au niveau sectoriel. Pour les PAMT, des effets significatifs sur le taux d’emploi sont observés dans les systèmes où la négociation s’opère au niveau sectoriel ou centralisé, mais pas dans ceux où elle est décentralisée.

Les PAMT et la sécurité sociale doivent favoriser la capacité d’adaptation des travailleurs. Pour contribuer à garder la confiance des producteurs et des consommateurs et assurer une protection efficace des travailleurs, une protection contre les risques de chômage et en matière de revenus est nécessaire. Ces mesures sont un élément important de la réaction à la situation économique actuelle, mais elles doivent traduire la nécessité d’ajustements du marché du travail plus rapides que par le passé.

La demande finale est primordiale … et la principale explication des disparités Europe-États-Unis au niveau de l’emploi dans les services

L’écart avec les États-Unis au niveau de l’emploi dans les services s’est réduit, mais il laisse toujours supposer l’existence d’un fort potentiel inexploité de création d’emplois dans l’UE. Un autre symptôme souvent cité de la faiblesse structurelle persistante des marchés de l’emploi européens est l’écart avec les États-Unis au niveau de l’emploi dans les services. Alors qu’une meilleure performance de l’emploi dans les services et une évolution moins défavorable de l’emploi dans l’industrie dans l’UE ont considérablement réduit l’écart Europe-États-Unis au niveau de l’emploi sur la période 1998-2003, les États-Unis enregistrent toujours le taux d’emploi le plus élevé dans les services (55,4%) et le plus faible dans l’industrie (12,6%), par rapport aux États membres de l’UE. L’écart Europe-États-Unis au niveau de l’emploi dans le secteur des services, plus prononcé pour les femmes et les travailleurs âgés, donne à penser qu’il subsiste un fort potentiel inexploité de création d’emplois dans le secteur européen des services.

L’écart en termes d’emploi concerne aussi bien les secteurs ou professions comparativement hautement qualifiés à niveau de rémunération élevé que les secteurs ou professions peu productifs et peu rémunérés. Au niveau sectoriel, l’écart UE-États-Unis en termes d’emploi est le plus élevé dans les secteurs comparativement peu qualifiés et hautement qualifiés, par exemple dans les secteurs à faible rémunération tels que le commerce de gros et de détail et l’hôtellerie et la restauration, et dans les secteurs à haut niveau de qualifications et de rémunération tels que les services immobiliers et aux entreprises, l’enseignement et les services de santé et sociaux. Cette observation vaut également pour l’écart UE-États-Unis par profession: il est plus élevé chez les travailleurs des services et les vendeurs, d’une part, et chez les employés, les législateurs et les cadres, de l’autre.

L’expérience des États-Unis permet d’identifier le potentiel de création d’emplois dans l’UE, mais elle ne constitue pas nécessairement une référence pour l’Europe. La comparaison des performances des marchés du travail européen et américain peut aider à identifier le potentiel de création d’emploi disponible dans l’ensemble de l’Europe, mais il existe des expériences aussi positives dans plusieurs États membres de l’UE qui peuvent servir de points de repère. Par exemple, en 2003, le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni ont dépassé les États-Unis en termes de taux d’emploi. La Suède en particulier, mais aussi le Royaume-Uni, ont enregistré, comme les États-Unis, de forts taux de création d’emplois dans les secteurs très qualifiés et peu qualifiés et plus particulièrement dans les secteurs à niveau élevé de qualifications et de rémunération tels que les services aux entreprises, l’éducation et les services de santé et sociaux.

Les différences de structures de l’emploi entre l’Europe et les États-Unis résultent principalement de différences dans les modes de consommation des ménages et les structures de la demande finale … Les différences de structures de l’emploi entre l’Europe et les États-Unis sont dans une large mesure structurelles en ce qu’elles reflètent des différences substantielles dans les modes de consommation des ménages et les structures de la demande finale. Elles s’expliquent plus particulièrement par des augmentations inférieures de la demande finale dans l’UE par rapport aux États-Unis. La forte progression de la demande de services aux États-Unis résulte dans une large mesure de la plus forte participation des femmes et des travailleurs âgés au marché du travail.

… et rien ne vient étayer l’opinion classique selon laquelle ces différences sont dues soit à de meilleures perspectives d’emploi pour les personnes peu qualifiées aux États-Unis … De plus, il n’existe pas de preuve claire et irrévocable étayant l’opinion classique selon laquelle les différences de structures de l’emploi entre l’UE et les États-Unis sont dues principalement à des structures des salaires relatifs plus rigides ou à des conditions de productivité plus favorables dans l’UE qui empêcheraient les personnes peu qualifiées d’accéder au marché du travail. Les informations concernant les titres de l’enseignement formel et les tests d’écriture-lecture comparables au plan international indiquent que la situation des personnes peu qualifiées en matière d’emploi est plus défavorable aux États-Unis que dans l’ensemble de l’UE.

… soit à des structures trop rigides des salaires dans l’UE qui réduiraient l’incidence des emplois peu rémunérés dans le secteur des services. On observe également que les structures des salaires relatifs sont très similaires entre les divers pays et ne constituent pas un déterminant significatif des structures de l’emploi. Aux États-Unis en particulier, il est établi que les augmentations de l’emploi dans les services se sont accompagnées de fortes augmentations des salaires relatifs, mais rien n’indique que les entreprises ont réduit les niveaux d’emploi en réaction au niveau élevé des salaires dans un secteur donné. Au contraire, les entreprises tendent à réagir par des ajustements à long terme qui aboutissent à ce que les secteurs à haut niveau de rémunération deviennent de plus en plus productifs. On peut cependant douter de la mesure dans laquelle les structures actuelles des salaires constituent un incitant adéquat pour l’offre de main-d’oeuvre et favorisent la création d’emploi dans les services, notamment dans les secteurs de haute technologie et à forte intensité de connaissance.

De plus, on observe de manière générale un puissant effet d’entraînement de la demande dans l’industrie sur l’emploi dans les services. Enfin, la demande dans l’industrie et les services dans l’UE a un effet similaire sur l’emploi dans les services. Dans certains cas, les données disponibles donnent à penser que la demande dans l’industrie a un effet d’entraînement plus marqué sur l’emploi dans les services que la demande dans les services.

Un véritable marché intérieur des services, une participation accrue des femmes et des travailleurs âgés au marché du travail et la contribution des dépenses publiques dans des domaines tels que l’éducation et les services de santé et sociaux aideront à mieux exploiter le potentiel d’emploi dans les services. L’approfondissement du marché intérieur des services et la levée des obstacles restants à l’intégration accrue des marchés des services de l’UE contribueront à créer les conditions-cadres nécessaires au développement du secteur des services dans l’UE. Pour répondre de façon spécifique à la poursuite de la restructuration des économies européennes, la clé de l’augmentation de l’emploi dans les services est la création d’emplois dans les secteurs où, comparativement, les rémunérations et la productivité sont élevées tels que les services aux entreprises, l’éducation et les services de santé et sociaux. Pour ce faire, les effets d’entraînement existants de la demande de produits dans l’industrie sur l’emploi dans les services doivent être exploités, et une augmentation de la demande finale de services est nécessaire. Dans cette optique, la réorientation des dépenses publiques vers des domaines tels que l’éducation et les services de santé et sociaux est essentielle. Elle contribuera à accélérer la progression de la participation des femmes et des travailleurs âgés au marché du travail.

L’éducation et la formation aident à sortir des emplois peu rémunérés et précaires

Il est primordial que la flexibilité accrue qu’offre la diversité croissante des types de contrats … La diversité des dispositions contractuelles caractérise de plus en plus les marchés européens de l’emploi parce qu’elle facilite l’accès au marché du travail. Les entreprises recourent davantage à l’emploi temporaire, pour faire face aux incertitudes et aux fluctuations cycliques de la demande ou pour sélectionner des travailleurs.

… s’accompagne d’un degré de sécurité approprié qui favorise à la fois l’amélioration de la productivité et de la qualité du travail et l’insertion sociale. Toutefois, comme l’a souligné la task-force européenne sur l’emploi, les fortes variations de l’accès au marché du travail ou aux perspectives de carrière peuvent aboutir à un marché du travail à deux vitesses, où les “initiés” bénéficient de hauts niveaux de protection de l’emploi et de possibilités de carrière et “non-initiés” sont recrutés par le biais de formes de contrats concurrentes. Pour améliorer la productivité et la qualité du travail comme pour favoriser l’insertion sociale, il est dès lors essentiel que la flexibilité s’accompagne d’un degré de sécurité approprié, notamment au niveau de la capacité des personnes à rester et progresser sur le marché du travail.

Les marchés européens du travail se caractérisent par un taux élevé de transition, notamment pour sortir d’un emploi temporaire … Une analyse de la dynamique des emplois précaires peu rémunérés indique un taux élevé de transition sur les marchés du travail européens. Plus ou moins un tiers des personnes occupant un emploi précaire trouve un emploi plus stable après un an seulement. Cependant, il est également vrai que, même après six ans – la perspective maximale autorisée par les données disponibles – environ 16% des personnes initialement sous contrat précaire sont toujours dans la même situation et, ce qui est plus inquiétant, 20% sont sortis de la vie active, soit plus que toute autre catégorie de travailleurs.

… et d’un emploi à bas salaire, mais le risque de quitter la vie active reste aussi nettement supérieur dans les deux cas. Bien que l’incidence des bas salaires ne semble pas avoir augmenté dans l’UE dans la seconde moitié des années 1990, elle reste aux alentours de 15% et a augmenté de façon notable en Allemagne et aux Pays-Bas. La dynamique d’entrée et de sortie d’un emploi à bas salaire est semblable à celle de l’emploi temporaire, avec une persistance plus élevée dans l’emploi à bas salaire que dans l’emploi temporaire. 44% des personnes occupant des emplois à bas salaires parviennent à accroître leur rémunération de façon à dépasser le seuil de bas salaire, mais après 7 ans en moyenne seulement. En revanche, 30% des bas salaires ne travaillent plus après 7 ans, soit une probabilité de sortir du marché de l’emploi supérieure de près de 13 points à celle des personnes percevant initialement une rémunération élevée.

Les modes de transition sont très variables d’un État membre à l’autre. Les transitions sur le marché du travail observées sur un an sont très variables d’un État membre à l’autre. La probabilité de passer du chômage ou de l’inactivité à un emploi est particulièrement faible en Belgique, en Grèce, en Italie et au Luxembourg tandis que la probabilité de sortie de l’emploi est relativement élevée en Allemagne et en Espagne. Avec la France, la Grèce et la Finlande, l’Espagne se caractérise également par un des taux de transition les plus bas entre un emploi temporaire et un emploi permanent. Par ailleurs, ce sont l’Allemagne et le Royaume-Uni qui offrent le moins de possibilités de dépasser le seuil de bas salaire aux personnes peu rémunérées. Les transitions vers l’emploi sont relativement aisées au Danemark, en Finlande et au Royaume-Uni, tandis que le passage d’un emploi temporaire à un emploi permanent est plus fréquent en Autriche, au Luxembourg, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Il est plus facile de sortir d’un bas salaire pour un emploi mieux rémunéré en Belgique, en Finlande et au Portugal.

Les femmes, les personnes peu qualifiées et les travailleurs âgés occupent non seulement une position plus faible sur le marché du travail à n’importe quel moment, mais ils ont aussi moins de chances de l’améliorer. Les femmes, les personnes peu qualifiées, les personnes âgées et, dans une certaine mesure, les jeunes, sont exposés au risque d’être en position de faiblesse sur le marché du travail, que ce soit en termes de contrats précaires ou de bas salaires, mais ont aussi moins de chances d’améliorer leur situation sur le marché du travail par rapport aux autres groupes. Les travailleurs âgés occupent généralement une meilleure position que les jeunes en termes de rémunération et de contrat, mais, lorsqu’ils occupent un emploi à bas salaire ou temporaire, ils éprouvent les plus grandes difficultés à rester ou progresser sur le marché du travail.

Les qualifications et la formation s’avèrent particulièrement efficaces pour aider les chômeurs à retrouver un emploi et les personnes occupant des emplois précaires et peu rémunérés à éviter le chômage et à accroître le niveau de qualité de l’emploi. Les qualifications et les cours de formation sont particulièrement efficaces pour faciliter l’entrée sur le marché du travail. Toutefois, en ce qui concerne les transitions en cours d’activité, la formation en cours d’emploi est fortement liée à la probabilité de passer d’un emploi temporaire à un emploi permanent. Pour ce qui concerne la sortie d’un emploi à bas salaire, la formation sur le lieu de travail a plus d’incidence sur les transitions dans l’année que les cours de formation, tandis que les cours de formation jouent un rôle plus important dans les transitions à plus long terme, ce qui laisse entrevoir une meilleure fonction indicatrice des formations aboutissant à une qualification reconnue.

Un meilleur équilibre entre flexibilité et sécurité contribuera à améliorer la productivité et la qualité du travail et à favoriser l’insertion sociale. L’analyse de ce chapitre confirme que l’action en faveur de la flexibilité sur le marché du travail ne peut aboutir que si elle est associée à un degré de sécurité approprié pour les travailleurs au niveau de leur capacité à rester et progresser sur le marché de l’emploi. Les travailleurs temporaires et les travailleurs peu rémunérés, souvent peu qualifiés, sont plus exposés au chômage, à l’inactivité et au piège des bas salaires, ce qui indique un risque de segmentation du marché du travail. Ce chapitre souligne également la contribution essentielle des politiques actives du marché du travail, notamment les services publics de l’emploi et la formation continue, pour faciliter l’entrée et la progression sur le marché du travail.

La mondialisation est-elle un mal? Coûts et avantages de l’intégration économique dans une perspective dynamique

L’intégration accrue et la mondialisation qui s’accélère se traduisent pas des gains généraux. Dans les années 1990 et au début des années 2000, les économies européennes se sont de plus en plus intégrées – en particulier à la suite de l’élargissement de cette année – et la mondialisation s’est accélérée. La mondialisation a des effets positifs et négatifs, mais, dans l’ensemble, elle se traduit par des gains globaux pour les travailleurs et les consommateurs, notamment en termes de marchés intégrés, d’amélioration des liens commerciaux et de mise à niveau des produits et des qualifications, qui se traduisent tous ultérieurement par des perspectives de croissance à long terme.

L’intégration européenne peut être considérée comme une “mini-mondialisation” et n’a eu aucun impact majeur sur l’emploi et les salaires jusqu’à présent. Les élargissements précédents de l’UE n’ont généralement pas eu d’influence sur les salaires ou l’emploi, ni généré un afflux massif de migrants. Dans le cas du récent élargissement, les échanges et les mouvements des facteurs pourraient avoir une incidence sur les régions limitrophes des pays d’Europe centrale et orientale et sur des secteurs spécifiques plus exposés à la pénétration des importations à partir de ces pays. Ces effets pourraient encore être amplifiés par l’absence de mobilité de la main-d’oeuvre entre les secteurs, les régions et les pays. L’effet sur l’emploi et les salaires devrait toutefois être négligeable dans l’ensemble.

Cependant, l’importance croissante des TIC et des services connexes pour l’emploi pourrait encore accélérer les restructurations et les délocalisations potentielles. La restructuration du secteur manufacturier résultant de l’accroissement de la productivité ou de l’évolution technologique est un processus continu et progressif. Il est probable que, dans un proche avenir, des variations plus soudaines et brusques se produiront à cause des TIC et des services connexes, ce qui accélérera quelque peu le rythme des restructurations en général et des délocalisations en particulier.

Les effets distributifs inégaux de ces évolutions peuvent être atténués par des politiques d’ajustement appropriées. Pour que la mondialisation ait un effet positif pour tous, elle doit s’accompagner de politiques d’ajustement qui aident les travailleurs déplacés à court terme ainsi que d’un investissement élevé et continu dans le capital humain et de mécanismes efficaces d’adéquation des qualifications. Ces politiques peuvent contribuer à transformer l’impression générale d’insécurité en une perception des possibilités de développer des parcours professionnels plus diversifiés au niveau individuel. Les systèmes de protection sociale doivent aussi être mieux adaptés à l’évolution de l’environnement économique qu’entraîne une mondialisation accélérée.

La définition de ces politiques d’ajustement impose de tenir compte des stratégies des entreprises au moment de la décision de délocaliser … La définition de ces politiques d’ajustement doit tenir compte des stratégies des entreprises lorsqu’elles optent pour la délocalisation. En particulier, les stratégies verticales ou horizontales de développement de l’entreprise ont une incidence différente qui doit être prise en considération lors de l’élaboration des politiques destinées à gérer le changement. L’accent doit être mis sur l’atténuation des effets locaux ou régionaux des licenciements massifs alors que les risques commerciaux associés à une délocalisation – tels que des coûts de coordination accrus et les coûts de rapatriement potentiels – sont internalisés par l’entreprise dans sa décision de délocaliser.

… et de comprendre que les disparités salariales internationales sont moins préoccupantes en présence de politiques bien conçues destinées à faciliter la capacité d’adaptation des entreprises et des travailleurs. Les disparités salariales constituent un des motifs de délocalisation, mais les écarts internationaux entre les salaires ne sont pas le principal problème, d’autant plus qu’ils traduisent aussi de forts écarts de productivité sous-jacents. L’augmentation de la productivité, la recherche-développement, l’adaptation continue des produits et la qualité accrue de la main-d’oeuvre constituent la marche à suivre pour améliorer la capacité d’adaptation des entreprises et de la main-d’oeuvre, les performances globales en matière d’emploi et la compétitivité.

Globalement, elles permettront à l’Europe de tirer parti de la mondialisation, tout en autorisant une redistribution plus homogène des avantages dans la société et sur le territoire européen.
L’UE est un acteur mondial et très bien placée pour tirer avantage de la mondialisation et la mettre au service d’objectifs sociaux et économiques. Vu la nature de la mondialisation, l’action en faveur des personnes les plus touchées doit aussi être menée de façon coordonnée au niveau européen, notamment par les stratégies pour l’emploi et l’intégration sociale. Le modèle social européen a aidé l’Union à supporter la rapidité du changement et sa modernisation permanente continuera d’améliorer la capacité de l’UE à favoriser le changement.

Conclusions: le rôle primordial de la stratégie européenne pour l’emploi

L’UE et les États membres doivent intensifier leurs efforts pour développer leur potentiel humain et accroître l’emploi …
Dans l’ensemble, malgré les progrès réalisés dans la réforme des marchés du travail, l’UE doit accélérer ses efforts pour exploiter son potentiel humain et réaliser les objectifs fixés pour 2010 à Lisbonne. Des marchés du travail efficaces donnant des résultats équitables sont essentiels pour identifier les défis qui subsistent. Les conclusions du présent rapport soulignent notamment la nécessité d’augmenter la participation des femmes et des travailleurs âgés à l’emploi. Cette augmentation doit partiellement résulter d’une création accrue d’emplois dans les services en Europe et y contribuer directement.

… par un meilleur équilibre entre la flexibilité et la sécurité en particulier, …
Le rapport souligne également la nécessité d’anticiper, de provoquer et de gérer le changement résultant de l’intégration économique et de l’évolution technologique à l’échelle mondiale. Pour favoriser une flexibilité accrue du marché de l’emploi, améliorer la capacité d’insertion professionnelle et la mobilité et accroître la participation à l’emploi, il est nécessaire d’encourager de nouvelles formes de sécurité et d’empêcher l’apparition d’un marché de l’emploi à deux vitesses. L’éducation et la formation tout au long de la vie ainsi que les politiques actives du marché du travail, notamment par un soutien effectif des services publics de l’emploi, peuvent jouer un rôle particulièrement important en facilitant les transitions et en améliorant les performances générales de l’emploi.

… en utilisant efficacement la stratégie européenne pour l’emploi.
En confrontant les États membres à leurs forces et à leurs faiblesses respectives, en formulant des recommandations et en liant plus étroitement sa participation financière à la mise en oeuvre de la stratégie européenne pour l’emploi, comme le prévoit la proposition de nouveau règlement relatif au FSE de la Commission, l’UE peut être un levier efficace pour favoriser les progrès au niveau national et exploiter la mondialisation au service de ses objectifs économiques, sociaux et environnementaux.

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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