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Pascal Lamy Commissaire européen au Commerce Le challenge de l’élimination des quotas textiles Déclaration d’ouverture à la Conférence Euro-Méditerranéenne sur l’avenir de l’Industrie textile et de l’habillementTunis, 28 septembre 2004

Déclaration d’ouverture à la Conférence Euro-Méditerranéenne sur l’avenir de l’Industrie textile et de l’habillement
Tunis, 28 septembre 2004

Le 31 décembre de cette année marquera la disparition définitive des restrictions quantitatives au commerce international des produits du textile et de l’habillement, conformément à une décision prise en 1995 lors des dernières négociations à l’OMC, le Cycle Uruguay.

A trois mois de la date fatidique, cette échéance suscite encore des inquiétudes – ce qui est bien compréhensible, même si l’accord sur le textile et les vêtements a prévu dix années de transition et une libéralisation progressive pour s’y préparer.

Ce processus qui touche donc à sa fin est irréversible et va très certainement modifier profondément les conditions de la concurrence internationale dans le secteur du textile et de l’habillement. Depuis les années 80, on a assisté à une forte progression de la régionalisation des échanges sous l’effet conjugué des politiques préférentielles mises en place par les pays industrialisés, dont l’UE, et d’une nouvelle organisation de la production axée sur l’importance des délais et de la réactivité. Ainsi, les importations européennes (UE 15) en provenance des 10 pays Med ont-elles été multipliées par quatre entre 1988 et 2003 (en passant de moins de €4 milliards à plus de €16 milliards d’euro). Ce qui se traduit par une part de marché en 2003 équivalente à 23% en valeur et un peu moins en volume.

Les perspectives d’un bouleversement complet du secteur au niveau mondial préoccupent tout le monde, sur les deux rives de la Méditerranée. On entend parler d’hégémonie chinoise, de délocalisations, de pratiques déloyales… Ces inquiétudes sont d’autant plus grandes dans les pays méditerranéens, que le secteur textile / habillement occupe une place prépondérante dans ces pays, que ce soit en termes d’emploi ( 3,7 millions de personnes des pays méditerranéens du sud et de l’est travaillent dans ce secteur) ou en termes d’exportations (le textile représente, par exemple, plus de la moitié des exportations vers l’UE de la Tunisie et du Maroc).

Est-ce à dire que la partie est perdue face à des économies émergentes très largement dotées en main d’œuvre peu coûteuse et capables de mobiliser des technologies avancées ? Je ne pense pas !

Quelques réflexions pour éclairer le débat

Avant d’entamer le débat sur ces enjeux et les moyens de relever ce défi, je voudrais vous faire part de quelques réflexions, issues des travaux de la Commission après le symposium sur le textile de mai 2003.

1ère réflexion : l’industrie textile européenne et méditerrannéenne doit et peut tirer profit de l’ouverture des marchés au niveau mondial.

Les négociations multilatérales du DDA offrent la possibilité de parvenir à un meilleur équilibre des conditions d’échanges, en accompagnant la suppression des quotas par une ouverture des marchés. En effet, alors que les marchés des pays développés sont saturés, ma conviction est que l’avenir de l’industrie textile réside dans la conquête de nouveaux marchés. D’où l’objectif de l’UE de réduire les tarifs douaniers dans le cadre des négociations DDA et d’éliminer les obstacles non-tarifaires, que ce soit dans les échanges Nord-Sud, mais aussi Sud-Sud.

2ème réflexion : l’industrie textile euro-méditerranéenne dispose d’atouts et d’avantages compétitifs à valoriser.

La région méditerranéenne dispose de facteurs de production combinant maîtrise des coûts, travail sur la qualité et proximité par rapport au marché européen.

En revanche, elle souffre d’un déficit d’attractivité des investissements. En 2002, les pays méditerranéens ont attiré seulement 1,5% des investissements directs à l’étranger (IDE) de l’UE (contre 5% pour un partenaire beaucoup plus éloigné comme le Mercosur).

Le rôle des autorités publiques est de s’attaquer aux causes de cette insuffisance d’attractivité, de créer un environnement favorable aux investissements : modernisation des infrastructures, libéralisation des services, facilitation du commerce pour permettre une meilleure circulation des marchandises dans la zone et, évidemment constitution d’un grand marché régional intégré.

Concernant les opérateurs économiques, pour passer à la co-traitance, il faut gérer l’approvisionnement, principalement du tissu pour ensuite le confectionner selon les spécifications du donneur d’ordre qui le distribuera ensuite sous sa marque. Le passage à la co-traitance exige en outre de la part de l’industriel des liquidités importantes pour financer le fond de roulement, ce qui implique d’améliorer l’accès au financement des PMEs.

3ème réflexion : la création d’une vaste zone de libre échange euroméditerranéenne permettra de développer les échanges, pour autant que les réformes soient aussi mises en œuvre.

L’UE poursuit sa politique d’intégration régionale de la région méditerranéenne avec le processus Euromed. La création d’un vaste marché intégré est une condition cruciale pour encourager l’investissement.

Un pas essentiel a été fait en juillet 2003 à Palerme lors de la conférence Euromed avec l’adoption d’un nouveau Protocole sur les règles d’origine pan euro méditerranéenne. Ces règles d’origine identiques à tous les pays permettront à tous les pays Med d’élargir leur base de sourcing à toute la zone pan euro med, c.à.d sur une quarantaine de pays. A Istanbul, lors de la réunion des ministres du commerce EuroMed fin juillet 2004, on a encore fait un pas de plus pour accélérer la mise en oeuvre de ce Protocole d’origine. A ce propos, je tiens à féliciter la Turquie et la Tunisie pour la conclusion de leur accord de libre échange, qui sera paraphé aujourd’hui, et qui leur permet de mettre un pied dans le cumul d’origine. Le deuxième pied pourra être mis dès que les autres conditions seront satisfaites à savoir: l’adoption des mêmes règles d’origine, une coopération administrative et douanière et, bien entendu, l’application (progressive) des dispositions de l’accord paraphé.

4ème réflexion : La concurrence croissante pose d’importants défis du point de vue du développement durable.

La libéralisation ne doit pas se faire au détriment des conditions de travail, de l’environnement. Nous ne considérons pas que le non-respect des normes sociales et environnementales fasse partie du jeu des avantages comparatifs. Nous souhaitons donc promouvoir des méthodes de production de textile/habillement qui respectent les normes environnementales et les normes sociales. Se pose par exemple la question de la mise en œuvre des conventions de l’OIT sur les droits sociaux fondamentaux.

J’en viens maintenant aux propositions de la Commission objet de la Communication sur le futur de l’industrie textile après 2005.

Propositions de la nouvelle Communication sur le textile après 2005

Vous savez sans doute qu’un Groupe de Haut Niveau, rassemblant des représentants de la Commission européenne, des Etats Membres et des différents acteurs du secteur, a été mis en place début 2004 pour examiner les initiatives possibles et faire des recommandations afin de renforcer la compétitivité du textile-habillement en vue de l’élimination des quotas.

Ce groupe a présenté en juin dernier 2004 une série de mesures qui s’articulent autour de deux axes : surveillance des marchés et conquête des marchés étrangers. Ces mesures seront présentées dans une Communication de la Commission qui sera rendue publique la mois prochain.

En voici d’ores et déjà les grandes lignes :

a) renforcer l’accès au marché et l’élimination des barrières non-tarifaires dans le cadre du DDA

La conquête des marchés étrangers reste en effet l’arme la plus efficace pour assurer l’avenir du secteur. L’ouverture plus grande des marchés dans les secteurs du textile et de l’habillement jusqu’à présent encore très protégés recèle un potentiel d’exportations pour les producteurs européens, mais aussi pour les pays partenaires fortement dépendants de ce secteur pour leurs exportations.
Il est important de souligner que l’UE ne fera pas de concessions unilatérales au-delà de ce qui a déjà été fait. Sans pour autant porter préjudice au principe d’une certaine asymétrie des concessions au profit des pays en développement, telle que convenu par la déclaration ministérielle de Doha. Il est important de préserver une certaine réciprocité des concessions et d’obtenir l’ouverture progressive des pays en développement exportateurs, notamment des pays les plus concurrentiels.
De plus, nous ne permettrons pas qu’une fois les barrières tarifaires abaissées que certains pays continuent de protéger leurs marchés par des barrières non tarifaires.
b) compléter la zone Euromed selon les lignes que j’ai déjà évoquées;

c) accroître la vigilance pour contrer les pratiques déloyales, renforcer les droits de propriété intellectuelle, lutter contre la fraude et les contrefaçons;

d) promouvoir le respect des normes sociales et environnementales ;

e) concentrer les préférences commerciales de l’UE sur les pays les plus pauvres, ce que la Commission est en train de faire avec la réforme du SPG ;

f) s’agissant de l’évolution des flux, il conviendra de suivre de près l’évolution des exportations asiatiques.

Un dernier mot à propos de la Chine : Nous avons mis en place un dialogue avec les chinois sur le commerce textile pour examiner les moyens d’éviter dans la mesure du possible, et dans l’intérêt de l’UE et de la Chine, un recours aux différentes mesures de sauvegarde en notre disposition, en cas de perturbation du marché européen suite à la progression des exportations chinoises.

En plus du dialogue de gouvernement à gouvernement, un dialogue entre les milieux d’affaires européen et chinois se met en place.

Nous sommes également attentifs à ce qui se passe de l’autre côté de l’atlantique, surtout en période électorale, où le syndrome chinois fait grimper l’audimètre. Le risque d’effets de diversion vers l’Union européenne en cas de mesures protectionnistes américaines est, en effet, réel. Si les USA adoptaient des mesures protectionnistes, il existe en effet un risque de détournement vers le marché européen d’une partie des exportations asiatiques qui n’auraient plus accès au marché américain. Une telle initiative américaine serait évidemment préjudiciable au système commercial multilatéral et l’UE prendra les mesures qui s’imposent.

Je préfère pour ma part bâtir une stratégie offensive basée sur un plus grand accès aux marchés internationaux et couplé à des conditions de concurrence loyale et des règles communes pour tous les acteurs.

La réunion d’aujourd’hui offre une bonne occasion pour approfondir la réflexion sur les moyens d’aller de l’avant

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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