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Lettre de Bertrand Delanoë à Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre au sujet du désamiantage

L’accélération du chantier de Jussieu, destinée à garantir le plus tôt possible les personnels et les étudiants qui fréquentent les universités du campus contre le risque que leur fait courir la présence d’amiante, constitue une préoccupation constante et majeure de la Ville de Paris.

Signé en octobre 2000 et modifié par l’avenant de mai 2002, le contrat U3M, qui lie la Ville à l’Etat pour la durée du contrat de plan en cours et du suivant, est marqué par ce fil conducteur. Ce contrat pose également un engagement fort de la Ville et de l’Etat à l’égard des universitaires et des étudiants parisiens : celui d’un grand chantier visant à recomposer et à moderniser le tissu universitaire parisien, morcelé à l’extrême et longtemps délaissé, pour assurer une meilleure dynamique de ses fonctions d’enseignement supérieur et de recherche. Cet engagement est crucial pour le développement culturel et économique de notre capitale.

Ce contrat U3M a de plus le mérite d’avoir reçu l’aval des Universités parisiennes qui ont fait leur ce projet, base de leur évolution future et des rapprochements auxquels elles aspirent pour acquérir une visibilité internationale qui leur fait parfois défaut.

Vous avez chargé une mission interministérielle d’examiner les hypothèses de réorganisation du chantier de désamiantage de Jussieu et son articulation avec l’implantation de l’université Paris-VII sur la ZAC Paris Rive Gauche. Cette mission doit vous rendre prochainement un rapport ; c’est pourquoi je m’adresse à vous.

Il faut d’urgence mettre fin à la paralysie des projets en cours sur de nombreux sites visés par notre convention U3M. C’est le cas au premier chef du chantier de l’Institut de physique du globe de Paris, qui s’est tant illustré au moment du tsunami. L’insuffisance des crédits d’Etat destinés au démarrage de sa future implantation bloque tout le projet de restructuration et de désamiantage de Jussieu. C’est également le cas de la réalisation immobilisée de la bibliothèque Sainte Barbe, au moment ou d’autres grandes bibliothèques du Quartier latin doivent être mises en sécurité contre l’incendie, ou celui des implantations de l’université Paris-IV à Clignancourt : tous ces chantiers sont interrompus faute de libération des crédits de paiement par l’Etat.

Ces manquements à la parole de l’Etat sont également patents dans l’inexécution du remboursement par vos services du coût de la santé scolaire que nous assumons pour le compte de l’Etat.

Il me paraît donc indispensable que l’accélération, à l’évidence indispensable, d’une opération sur Paris Rive Gauche ne résume pas à elle seule les actions prévues dans notre contrat commun. Je tiens à vous préciser que je ne me prêterai en aucune façon à une démarche qui ne réglerait pas au fond le désamiantage de Jussieu dans les délais prescrits par le Tribunal Administratif, et qui tendrait à aggraver encore le fractionnement de la localisation de nombreuses universités parisiennes, auxquelles a été solennellement promise une restructuration qui prenne en compte leurs projets de développement. Je récuse tout autant une délocalisation rampante des établissements d’enseignement supérieur parisiens.

Si nous trouvons un accord avec l’Etat il est en effet possible d’accélérer la construction de deux bâtiments sur Paris Rive gauche dont la maîtrise d’ouvrage nous a été confiée par l’Etat, en faisant appel à deux formules :

– cette convention peut être révisée pour permettre la désignation d’une entreprise de coordination coiffant les deux chantiers, et chargée de veiller en continu à leur réalisation en synergie et dans les meilleurs délais. Cette action supplémentaire, dont le coût est évalué à 5 M€, nécessite un financement non encore prévu. J’avais alerté M. Luc Ferry, ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche, le 30 juillet 2002, sur l’insuffisance des financements affectés par l’Etat pour cette opération. Par ailleurs, il importe que les délais de délivrance par l’Etat des permis de construire nécessaires soient réduits au minimum indispensable. La décision de révision de la Convention, si elle doit intervenir, me paraît urgente.

– il serait également envisageable, dans le même cadre et toujours pour raccourcir les délais, que la Ville se charge pour le compte de l’Etat des équipements des bâtiments, afin qu’ils soient livrés en même temps que ces derniers, ce qui permettrait leur occupation immédiate par l’Université.

Les modalités financières de ces deux actions doivent être assurées de façon à ne grever en aucune façon le budget de la Ville de charges qui incombent intégralement à l’Etat.

J’espère donc que vous pourrez me donner en temps utile les assurances nécessaires à la mise en oeuvre de l’accélération de la construction sur Paris Rive Gauche, que l’Etat a confiée à la Ville, ainsi que la garantie d’une concertation suffisante avec les collectivités impliquées et les établissements d’enseignement supérieur concernés sur le plan U3M qui nous lie. Cette garantie implique à mes yeux qu’aucune décision touchant au développement des universités parisiennes ne soit prise unilatéralement.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’assurance de ma considération la plus distinguée.

Bertrand DELANOË

Monsieur Jean-Pierre RAFFARIN

Premier ministre

Hôtel Matignon

57 rue de Varenne

75007 PARIS

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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