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Franco Frattini Vice-Président chargé de la Justice, Liberté et SécuritéAllocution de clôture sur la violence dans le sport Conférence “Vers une stratégie Européenne contre la violence dans le sport”Bruxelles, 29 Novembre 2007

Conférence “Vers une stratégie Européenne contre la violence dans le sport”
Bruxelles, 29 Novembre 2007

Je me félicite des conclusions qui se sont dégagées à l’issue des quatre ateliers d’hier. L’échange des meilleures pratiques qui se développent au niveau local et national apporte, en effet, une forte valeur ajoutée, qui ne peut que nous aider à faire progresser nos efforts communs.

Le sport génère de la passion et, pour beaucoup, c’est une source d’identité locale et nationale partagée.

Il peut favoriser la compréhension mutuelle et le développement de valeurs communes telles que l’impartialité, l’autodiscipline, la solidarité, l’esprit d’équipe, la tolérance et le fair-play. Les tournois sportifs constituent un moyen par lequel le sens des responsabilités, tant personnelles que sociales, peut être encouragé. Le sport agit ainsi comme un catalyseur d’intégration.

Le sport a toutefois aussi sa face sombre. Et c’est un problème que nous devons traiter, en modifiant l’environnement des compétitions sportives – afin d’empêcher la propagation de la peur, des cas d’inconduite ou des échauffourées.

Malheureusement, les exemples de violence dans le sport ne manquent pas – et notamment dans le football. Je n’en mentionnerai ici que quelques-uns.

Au Derby sicilien de cette année, une centaine de personnes a dû être soignée pour coups et blessures, et un officier de police a perdu la vie.
En novembre 2006, les bagarres à caractère raciste et antisémite qui se sont produites lors d’un match qui opposait le Paris-St-Germain à une équipe israélienne ont causé la mort d’un supporter.
Toujours en 2006, une rencontre internationale entre l’Allemagne et la Pologne a dégénéré en affrontements violents. Sur les 300 personnes interpelées, 200 étaient des hooligans bien connus.
Nature de la violence. La violence dans le sport est de plus en plus organisée. Elle est souvent le fait d’une minorité de fauteurs de troubles connus (souvent avec des antécédents judiciaires).

Cette violence ne reste pas confinée dans les stades, mais tend de plus en plus à déborder sur nos centres-villes. Des personnes totalement étrangères à l’événement sportif peuvent ainsi se retrouver victimes – ou craindre de se retrouver victimes.

Mesures prises

Beaucoup a été fait – au niveau tant national qu’européen – depuis la tragédie du Heysel en 1985 et celle de Hillsborough en 1989 (où, respectivement, 39 et 96 supporters ont perdu la vie).

Au niveau de l’Union européenne. Grâce à la mise en place des points nationaux d’information «football», l’échange de données opérationnelles sur les fauteurs de troubles connus s’est amélioré. Développée sur la base des recommandations du manuel de sécurité adopté en 2001, la coopération policière a également contribué à une réduction substantielle des troubles lors d’événements récents, comme la Coupe du monde l’an dernier en Allemagne ou l’Euro 2004 au Portugal.

En novembre 2003, le Conseil a, en outre, adopté une résolution relative aux décisions d’interdiction de stade, qui constitue un instrument important permettant de tenir les hooligans éloignés des enceintes sportives.

Le Conseil de l’Europe a entrepris un important travail sur la violence des spectateurs, l’assistance stadiaire, les ventes de billets et la prévention du racisme. Nous devons continuer à coordonner nos efforts mutuels.

Justice. Je relèverai aussi la détermination que mettent les autorités judiciaires à éradiquer le hooliganisme et à conduire les enquêtes en la matière jusqu’à leur terme. C’est ainsi que s’est tenu, ces dernières semaines, l’un des plus grands procès intentés en Suède contre des hooligans: 29 supporters d’un club de Stockholm y étaient accusés d’agressions et d’affrontements dirigés contre les forces de police.

D’autres mesures ont contribué à améliorer la sécurité: des stades mieux conçus, une nouvelle législation au niveau national, un contrôle vidéo des spectateurs, des procédures plus strictes de délivrance des billets et des systèmes d’assistance stadiaire.Malgré tout, une menace demeure.

Et c’est pourquoi nous devons intensifier les efforts que nous déployons pour prévenir la violence dans le sport, tant au niveau professionnel que dans les compétitions amateurs. Le sport amateur est à la base du sport professionnel – et il est souvent pratiqué par des enfants. Si nous voulons enrayer le cycle de la violence dans le sport, nous devons d’abord nous adresser aux jeunes. La lutte contre la violence, le racisme et toute autre forme de discrimination doit se mener sur tous les fronts.

La mort récente de Gabriele Sandri rappelle l’urgence de ce combat. Ce décès, toujours en cours d’investigation, et les troubles violents qui s’en sont suivis dans certaines villes italiennes démontrent la fragilité de tout l’environnement qui entoure le sport.

Principaux axes d’action.

Nos efforts doivent s’articuler selon quatre grands axes:

1. coopération;

2. pluridisciplinarité;

3. responsabilité et engagement réel;

4. action au niveau local.

Coopération. La présente conférence a démontré la nécessité d’une action concertée. Ce n’est que par une coopération efficace et harmonieuse entre communautés politique, policière et sportive que l’on pourra obtenir des résultats. Aucun acteur n’est en mesure de résoudre seul le problème.

Échange d’informations entre les différents acteurs. La police doit travailler en étroite collaboration avec les organisateurs d’événements sportifs, afin de garantir une sécurité sans faille lors des matchs de football. Il conviendrait ainsi qu’aient lieu des échanges d’informations sur les fauteurs de troubles connus entre la police et l’UEFA.

Services d’assistance stadiaire. J’encourage vivement la mise en place de services d’assistance stadiaire efficaces. Bon nombre de pays européens ont déjà pris une telle mesure, dont la valeur ajoutée est manifeste. Une coopération constructive passe nécessairement par une implication des supporters. Le club a ainsi un rôle fondamental à jouer: créer un environnement agréable par le biais d’associations de supporters respectueuses de la loi.

Mais cela suppose une certaine réciprocité: les associations de supporters doivent, elles aussi, coopérer pleinement avec les clubs, les autorités locales et les organisateurs.

Pluridisciplinarité

Nous devons trouver une solution qui soit aussi globale et complexe que les menaces auxquelles nous sommes confrontés. Nous devons prévenir le désordre et les troubles, par des mesures incitatives, mais aussi dissuasives et répressives.

Notre action doit s’inscrire sur le long terme et faire appel à une collaboration entre secteurs public et privé, sans oublier le secteur associatif.

Prévention. Il existe toute une palette de mesures préventives, des cours du soir organisés par les clubs à l’intention de leurs plus jeunes supporters aux campagnes de fair-play en passant par l’enrôlement des fauteurs de troubles connus dans des activités sportives à risque et par les ambassades de fans lors des grandes compétitions.

Encadrement des supporters. Je suis sincèrement convaincu que l’encadrement des supporters (ou fan-coaching) représente un volet essentiel de la prévention, même si les résultats ne se manifestent qu’à long terme. Les initiatives en la matière ont besoin de notre soutien constant, et je les encourage vivement.

Responsabilité

Nous ne parviendrons à un résultat positif qu’à la condition que chacun prenne toute sa part de responsabilité. Toutes les parties intéressées doivent être animées par une détermination sans faille, et il est crucial qu’elles s’engagent réellement à mettre en œuvre toute action relevant de leur compétence. Si les règles en matière de compétence devaient se révéler peu claires ou incertaines, il conviendrait d’y porter remède en appliquant les normes et dispositifs de sécurité les plus élevés.

Les clubs et les autorités locales doivent développer un dialogue constructif sur les obligations juridiques et les contraintes financières liées à l’entretien d’équipements et d’une structure de supporters, ainsi qu’à la nécessité d’assurer la sécurité.

Coopération entre les clubs et les supporters. Une amélioration des relations entre les clubs et les supporters serait également nécessaire. (Les clubs devraient ainsi valoriser les associations de supporters ayant un statut officiel, encourager leur création et promouvoir leurs activités.)

Fonction sociale des clubs. Les clubs devraient en outre prendre conscience de leur vocation à assumer une fonction sociale plus large. Le football, comme d’autres sports, est un phénomène social, qui s’inscrit à part entière dans la vie de la société. En soutenant les jeunes, voire en encourageant les bons comportements citoyens, les clubs pourraient, par conséquent, jouer un rôle-pivot dans le cadre de politiques sociales plus globales.

J’aimerais créer une table ronde européenne permanente avec les personnes responsables pour la sécurité des principaux clubs de football en vue de partager des expériences et de discuter de bonnes pratiques, peut-être en utilisant un portail électronique.

Permettez-moi de citer ici quelques exemples:

Leeds United a conclu un partenariat avec le ministère britannique de l’éducation en vue d’organiser des cours à destination des enfants en difficulté scolaire.

La municipalité de Lille a créé une unité sociale chargée de promouvoir le football dans les quartiers résidentiels, d’organiser des tournois amateurs et d’amener des joueurs professionnels à participer à des campagnes valorisant la pratique et l’éthique du sport.

Actions de lutte contre le racisme. Des campagnes internationales en la matière sont menées par le réseau «football contre le racisme en Europe» (Fare).

Nous devons nous appuyer sur de tels exemples et les encourager. Peut-être serait-il utile de nommer, au sein de chaque association et de chaque fédération nationale, un responsable «prévention et programmes sociaux», qui serait chargé de coordonner ce type d’activités et de leur assurer le soutien institutionnel nécessaire.

Les quartiers défavorisés constituent, à cet égard, une cible évidente.

Rôle de l’Union européenne et spécificités locales

L’Union européenne peut faciliter l’échange de données opérationnelles. Elle doit agir comme un catalyseur des meilleures pratiques, des meilleures solutions et de l’expérience accumulée au niveau national.

Naturellement, la menace évolue. Et il existe des variantes nationales et locales, tant dans les caractéristiques du problème que dans la législation adoptée et les pratiques déployées pour le combattre. Par conséquent, les mesures adoptées au niveau européen doivent rester souples et respecter les principes de proportionnalité et de subsidiarité.

Participation de la Commission

Promotion des meilleures pratiques et de la coopération. La Commission entend promouvoir diverses approches et mesures contribuant à éradiquer la violence autour des manifestations sportives. En particulier, elle accordera un soutien financier à des projets réalisés par des organismes publics et organisations non gouvernementales au niveau national et local. L’une des priorités du programme «Prévenir et combattre la criminalité», qui est doté d’un budget de 600 millions d’euros pour la période 2007-2013, a trait au hooliganisme. Il existe aussi d’autres programmes de financement tels que «Jeunesse en action», «l’Europe pour les citoyens» et «Daphné III».

La Commission compte également accorder une aide financière pour la formation des policiers et autres agents de sécurité, qui viendra compléter d’autres programmes de formation, comme celui de l’UEFA. Nous envisageons de promouvoir également une participation active/étroite avec Europol et Eurojust qui pourraient jouer un rôle crucial/important en matière de prévention et – si nécessaire – de répression.

En outre, la Commission souhaite contribuer à la mise en place d’une plate-forme de discussion entre les autorités locales, les services de maintien de l’ordre et les clubs, qui deviendra un lieu de partage des connaissances, expériences et bonnes pratiques.

Participation du FESU et du REPC. En association avec le Forum européen pour la sécurité urbaine, qui représente plus de 300 villes dans l’Union européenne, nous voulons réfléchir aux partenariats possibles. Le réseau européen de prévention de la criminalité devrait lui aussi être étroitement associé au développement de la coopération en tant que moyen d’échanger des informations et de promouvoir une approche ambitieuse.

En conclusion, l’éradication de la violence à l’intérieur et à l’extérieur des stades est l’affaire de tous. La tâche, certes, est d’importance, mais la Commission est résolue à aider les projets pertinents qui donnent des résultats et à renforcer la coopération entre toutes les parties prenantes.

Ce n’est qu’ensemble que nous parviendrons à buter la violence hors du sport. Dans ce domaine aussi, l’union fait la force !

Je vous remercie de votre attention.

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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