Editorial [En direct des marchés]

s Ministres des Finances de la zone euro, à la fin de leur dernière réunion, se disaient “confiants” en ce qui concerne les prévisions économiques. Rien de bien nouveau, à vrai dire ! En effet, la croissance du PNB devrait être satisfaisante, selon les normes européennes. De plus dès avant la réunion, l’optimisme était de rigueur. Le glissement sémantique de “optimiste” vers “confiant” n’a donc rien de surprenant. Même si les pays de l’Union Européenne, considérés dans leur ensemble, sont plutôt fermés vis-à-vis du monde extérieur – en témoigne la part plutôt modeste des exportations dans le PNB total – les influences externes jouent tout de même un rôle non négligeable. Et en raison même des relations commerciales intenses au sein de l’Union Européenne, ces influences se font toujours davantage sentir. Ces derniers mois, les influences externes sont devenues de plus en plus négatives. En effet, les autres grands blocs économiques (Etats-Unis, Japon) se sont vu confrontés à de plus en plus de difficultés et la confiance des entreprises a considérablement chuté dans plusieurs pays européens. Après avoir opposé un refus catégorique (souvenons- nous du président Duisenberg, qui disait “qu’il entendait mais qu’il refusait d’écouter les appels à un relâchement de la politique monétaire”), la BCE a fini par rejoindre le groupe des banques centrales qui appliquent un relâchement.

Ce relâchement global devrait constituer un puissant remède à la détérioration de l’économie mondiale. Toutefois, comme souvent, tous les regards se tournent vers les Etats-Unis. Ils ont été les premiers à vivre une détérioration du climat économique, et ils devraient également être les premiers à bénéficier d’une amélioration. A en juger par des données économiques récentes, cette amélioration pourrait toutefois se faire attendre. Du point de vue de l’investisseur, ceci nous mène à une situation assez particulière. Lorsque l’on applique un relâchement monétaire aussi important que celui que nous vivons depuis le début de l’année, les manuels d’économie nous disent que cela finira par stimuler la croissance. Des manuels un peu plus anciens, disons ceux publiés jusqu’au milieu des années 90, ajoutent que cette recette n’a rien donné dans les années 30. Qui plus est, la littérature plus récente nous apprend que le “truc” n’a pas fonctionné au Japon non plus.
La situation actuelle aux Etats-Unis n’étant pas comparable à celle au Japon il y a dix ans, nous préférons nous en tenir à la bonne vieille théorie. Nous nous permettrons toutefois d’émettre quelques réserves. D’abord, nous avons été les témoins, aux Etats-Unis, d’un surinvestissement en technologies de l’information et il faudra du temps pour le digérer. Cela limitera donc la sensibilité des investissements à une diminution des taux. Ensuite, le moteur de la consommation américaine tourne à très haut régime : le consommateur est fort endetté et l’épargne des ménages est négative. La consommation sera donc également moins prompte à réagir à une diminution des taux. Finalement, nous constatons que le reste du monde suit les Etats-Unis ; l’Oncle Sam ne pourra donc compter que sur lui-même pour remettre son économie sur les rails de la croissance. En conclusion, nous dirons que nous croyons effectivement à une reprise de l’économie (qui sera stimulée également par une hausse du niveau des stocks), mais que celle-ci sera plutôt lente et modeste.

Plus que jamais, l’investisseur aura donc intérêt à bien évaluer la dynamique des bénéfices des entreprises. Puisque la probabilité d’un relâchement important de la politique monétaire aux Etats-Unis (disons plus de 50 points de base) est très faible, les bénéfices constitueront le moteur d’une hausse des cours des actions. Et puisqu’il existe une forte corrélation entre les bénéfices et le cycle économique (les bénéfices sont même un indice précurseur), nous sommes confiants, même si le risque d’une désillusion à court terme n’est jamais à exclure. La récente hausse du rendement des obligations a renvoyé le ratio bond yield/earnings yield dans la zone chère. Ceci nous amène à plus de précautions à court terme pour les marchés d’actions, tout en maintenant notre confiance à moyen terme.

En direct des marchés
Juin 2001

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Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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