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Evolution des actions émergentes pendant les crises mondiales

Vu la crise économique et financière actuelle, il nous a semblé nécessaire d’analyser le comportement des actions émergentes lors des crises mondiales précédentes. Les sources statistiques disponibles pour cette étude sont toutefois limitées, étant donné qu’il n’y a que trois crises mondiales (y compris celleci) qui se sont produites depuis que les marchés émergents forment une catégorie à part entière.
Certains facteurs génériques semblent s’appliquer aux périodes de crise sur les marchés tant développés qu’émergents. Tout d’abord, il faut admettre qu’il n’y a pas deux crises identiques: chacune a ses propres origines (un choc géopolitique extérieur ou intérieur, un aspect propre au marché concerné) et se produit dans un contexte différent en termes de cycle économique et de marché. Ainsi, les marchés surévalués ont tendance à être plus sensibles aux mauvaises nouvelles/surprises ou crises qu’aux bonnes et inversement, les marchés sous-évalués sont plus réceptifs aux échos positifs qu’aux crises. Par conséquent, un marché sous-évalué qui a plongé juste avant une crise va probablement faire mieux qu’un marché surévalué en hausse avant la crise, même si ce dernier est considéré comme un bêta plus faible et un marché moins risqué.

Par ailleurs, les marchés peuvent aussi fortement progresser ou reculer juste avant le déclenchement d’une crise et peuvent se trouver à un niveau bas ou élevé lorsque l’événement se produit. Ces tendances peuvent être importantes mais peu spectaculaires: une hausse quotidienne de 0,5 % pendant trente jours boursiers passera relativement inaperçue dans la presse, alors qu’une crise provoquant en une seule séance une chute des indices de 13 %, baisse qui est finalement inférieure à la progression des 30 jours précédents, fera, elle, la une des journaux.

Les crises asiatique et russe de 1997/1998
Au cours de cette période, les marchés émergents ont fait beaucoup moins bien que les marchés développés : la crise émanait des économies émergentes elles mêmes et a contaminé les marchés développés. Actuellement, nous nous trouvons exactement dans la situation contraire, à savoir une crise qui est déclenchée par les économies développées et qui frappe toutes les économies.

Le krach d’octobre 1987
A cette époque, les marchés émergents étaient moins développés et seuls les indices des régions asiatique et latino-américaine étaient calculés.
Pendant les périodes de baisse boursière, l’Asie a fait nettement mieux que l’indice mondial: à court terme (3 mois), la surperformance n’était que de 6 % mais à plus long terme (6 ou 9 mois), elle a dépassé les 15 %.
D’un autre côté, l’Amérique latine a fait moins bien que le marché mondial mais à des degrés divers, selon les périodes prises en considération: -23 % sur trois mois (entre septembre et décembre) et seulement -6 % sur six mois. Ajoutons que 1987 a également coîncidé avec la période de la crise de la dette en Amérique latine, crise auquel le plan Brady a apporté une solution en 1989-90.
Lors de la période de rétablissement, l’Asie a été en symbiose avec l’indice mondial à court terme (3 mois), tandis que l’Amérique latine faisait nettement mieux. A 6 et 9 mois, les deux régions ont signé une surperformance spectaculaire.

La Guerre du Golfe (1990-91)
La principale possibilité de comparaison reste la Guerre du Golfe, qui présente en outre des similitudes au niveau de la crise ellemême: un brusque regain de tension sur la scène géopolitique mondiale dans la même région du globe qu’aujourd’hui, avec un impact sur une économie mondiale fébrile. Nous avons pris le 1er juillet comme point de départ, compte tenu du fait qu’il représente plus ou moins la moyenne des quarante jours boursiers qui ont précédé le début de la crise le 1er août.
Les marchés émergents se sont comportés un peu moins bien lors de la première période de repli des marchés, suivant les points de repère pris. Ainsi, la performance a été identique de juillet à décembre mais de 3 à 5 % inférieure pendant les autres périodes.
Si nous ventilons par région, l’Asie a fait nettement moins bien que la moyenne (sousperformance) et ce, pendant les différentes périodes (de -10 à -15 %), tandis que l’Amérique latine enregistrait une forte progression (de +12 à +25 %) grâce au plan Brady.
Pendant le redressement, les marchés émergents ont décollé (de 13 à 31 % de surperformance selon les points de repère pris). Cette tendance s’est produite au cours d’une période de ralentissement mondial, avec un fléchissement marqué de la courbe de rendement américaine et une baisse des prix pétroliers. D’où les points communs entre la situation à l’époque et celle que nous vivons aujourd’hui.
Au niveau régional, l’Amérique latine a surclassé l’Asie, qui a elle-même mis le MSCI World sous l’éteignoir. Comme nous l’avons précisé plus haut, l’Amérique latine a profité pendant toute cette période des effets du plan Brady.

Le ralentissement économique mondial actuel et les attentats contre le World Trade Center
Les tendances baissières des marchés développés et émergents étaient en plus étroite corrélation avant le 11 septembre que lors des périodes de pré-crise antérieures (1987 et 1990), avec toutefois une surperformance significative des marchés émergents (+6 %) et encore plus marquée de la part de l’Asie (+11,3 %) et de l’Amérique latine (+8,8 %), la différence venant des pays émergents européens.
Si nous incluons la période écoulée depuis le 11 septembre, les écarts de performance ont disparu. Du début de l’année au 28 septembre dernier, le World Index et l’Emerging Markets Index ont signé la même performance (-24 %). L’Asie et l’Amérique latine continuent à sortir du lot avec une surperformance de 3 % mais les pays émergents d’Europe accusent une sérieuse sousperformance (-15 %).
Même si cette corrélation est plus étroite que par le passé, nous pensons que les actions émergentes peuvent joliment progresser à moyen terme, voire dépasser les marchés mondiaux à l’occasion d’un redressement financier généralisé.
Les principaux facteurs positifs à moyen terme restent la prime de risque très élevée ainsi que la très faible valorisation et le niveau technique extrêmement bas.

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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