Liberty Surf

Créée en avril 1999 et introduite sur le premier marché de la bourse de Paris courant 2000, la société Liberty Surf compte parmi ses principaux actionnaires le groupe de distribution Kingfisher et le groupe [email protected] Kingfisher est un groupe britannique spécialisé dans la distribution d’électroménager (Darty, But, Conforama) et de bricolage alors que [email protected] regroupe les activités Internet du Holding familial de Bernard Arnault. Après 15 mois d’exploitation, la start-up n’a pas été à même de dégager des bénéfices La croissance est financée par les deux principaux actionnaires qui détenaient en janvier 2000 près de 90% du capital.

Liberty Surf n’a pas pour vocation d’être un simple fournisseur d’accès gratuit à Internet mais il désire être une référence européenne en matière de portail. Pour arriver à concrétiser sa stratégie, le groupe procède depuis son introduction en bourse à des opérations de croissance externe. Celles-ci lui permettront d’acquérir du contenu pour étoffer l’offre de son site. Le contenu constitue aujourd’hui le moteur d’un site et intervient considérablement dans l’évaluation de l’entreprise.

Pour comprendre cette composante d’un site Internet considérons le raisonnement suivant. S’il y a du contenu, les internautes se connecteront au site souvent voire plus souvent. Or les publicitaires ne s’adressent qu’aux sites ayant de l’audience. Par conséquent, un portail avec un bon contenu a toutes ses chances de voir son nombre de pages vues augmenter et par conséquent ses recettes publicitaires évoluer. Mais il n’existe que deux façons pour créer du contenu. Soit la start-up le fait soit même, ce qui peut être difficile car il faut embaucher toutes les compétences nécessaires pour obtenir un portail généraliste abordant plusieurs thèmes. Soit, la société procède au rachat de sites existants spécialisés dans le thème à développer. Le groupe étoffe ainsi son offre par de la croissance externe.

Fort d’un actionnariat de poids et des fonds levés lors de l’introduction en bourse, le groupe Libertysurf a décidé de privilégier les acquisitions. En moins d’un an et demi, le groupe a racheté (X-stream, Respublica, Nomade, AXS Telecom), pris des participations ou conclu des partenariats avec plus d’une trentaine de compagnies (But, Darty, Conforama, Sephora, La Tribune).

Sa stratégie semble avoir fonctionné puisqu’en janvier 2000, le portail avait totalisé plus de 18,5 millions de pages vues. Au total, cette affluence d’internautes lui a permis d’enregistrer 2,3 millions de recettes publicitaires en moins de 8 mois d’existence. Le groupe bénéficie par ailleurs du puissant réseau de distribution offert par ses actionnaires pour distribuer ses offres d’accès et développer ses activités de commerce électronique via des sites partenaires comme Aucland, Lastminute.com, Aquarelle, Alapage, Bol ou Amazon.

Le développement de Liberty Surf est fortement corrélé au marché de l’Internet. Le nombre d’internautes dans le monde devrait passer de 196,1 à 398,6 millions entre 1999 et 2002. En France, la progression de la toile a été retardée par le Minitel qui présentait l’avantage d’être simple d’utilisation. Mais notre pays a mis les bouchées doubles. Si nous n’étions, en 1999, que 5,6 millions d’internautes, nous devrions être en 2003 plus de 13,8 millions.

Le premier facteur permettant une telle progression est la multiplication des moyens de communication. Un ordinateur ne sera plus nécessairement la façon d’accéder à Internet. Les consoles de jeux, la télévision ainsi que nos téléphones portables nous permettront de surfer. Il ne sera plus nécessaire d’investir dans un matériel coûteux.

La deuxième raison de cette augmentation réside dans la prolifération de fournisseurs d’accès gratuits. Le prochain défi de ces opérateurs sera de mettre au point l’accès 100% gratuit, communication et accès compris, à l’image de ce qui est fait avec Oreka.

Mais comme l’argent appelle l’argent, le deuxième secteur qui permettra aux FAI de se répandre dans nos foyers se sera la publicité. En 1998, ce marché représentait 2,1 milliards de dollars. Il est prévu que d’ici 2004, il aura atteint 29 milliards de dollars, mais tout le monde n’en profitera pas de la même façon. En effet, aux Etats-Unis, les dix premiers sites s’accaparent plus de 70% des recettes publicitaires. La raison d’une telle disparité est, comme vous l’avez compris, le contenu de certains sites qui sont plus intéressants que d’autres et qui attirent davantage les annonceurs.

Enfin, le dernier facteur qui devrait permettre aux fournisseurs de gagner des parts de marché, et peut-être de devenir rentables, c’est le commerce électronique. Les revenus générés par celui-ci devraient progresser fortement d’après le cabinet IDC pour passer de 32 milliards de dollars US en 1998 à environ 130 milliards de dollars en 2002 afin d’atteindre plus de 1.000 milliards en 2003. Le développement du commerce électronique en Europe et aux Etats-Unis devrait être très fort tant en ce qui concerne le business to business (B2B) que le business to consumer (B2C).

D’après une étude publiée par Jupiter communications, en France le B2C, qui a atteint 60 millions de dollars en 1998 devrait croître pour atteindre 900 millions de dollars en 2002.

La stratégie de Liberty Surf en ce qui concerne l’avenir dépend de tous ces facteurs et n’est pas différente de celle qui a déjà était mise en place. Lyberty Surf compte poursuivre ses opérations de croissance externe, non seulement en France mais également en Europe. C’est dans cette optique que le groupe a acquis l’un des premiers fournisseur d’accès en Grande-Bretagne et en Scandinavie, X-Stream, pour un montant de 68,3 millions de dollars.

La déréglementation de la télécommunication en Europe permet au pôle telecom du groupe, Liberty Telecom, de fournir une offre groupée de services Internet communications incluses. Par ailleurs, l’intégration d’un pôle telecom propre permet de faire des “communications téléphoniques” une ressource fixe et stable. Le groupe permettra ainsi l’offre de ses services au travers du WAP ou de la technologie ADSL et offrira bientôt un service de télévision interactive ou de boucle radio locale.

En ce qui concerne ses résultats financiers, dans le prospectus d’introduction, il est dit que la société n’envisage pas d’être rentable avant 2003 et que rien ne garantissait qu’après cette date, elle continuerait à être bénéficiaire. L’assemblée générale extraordinaire de juillet dernier a permis au président de Liberty Surf, Pierre Besnainou, d’entériner les dernières acquisitions de la start-up, à savoir Chez.com, Respublica, Cplanete, Monsieur Cinéma ou le comparateur Toobo. Cela a été aussi l’occasion de mettre l’accent sur les points forts de la société, comme un endettement nul ou une trésorerie de 350 millions d’euros. Une manière comme une autre de dire que le cours de l’entreprise était anormalement bas.

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Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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