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Les porteurs d’obligations bafoués

On n’y a pas prêté beaucoup d’attention, et pourtant la décision nous paraît capitale : les créanciers des banques irlandaises vont être spoliés de 80% de leurs investissements (Anglo Irish Bank notamment) ! Et s’ils n’acceptent pas une telle base, leur spoliation sera quasi totale à raison de 1 centime d’euro pour 1000 euros investis dans des obligations de ces établissements bancaires.

Il y a encore pire ! La BCE et les banques centrales nationales de la zone euro ne veulent pour leur part pas être traitées comme de vulgaires investisseurs. Il y a donc discussion pour qu’elles ne soient pas spoliées du tout, notamment pour ce qui concerne les nouveaux prêts accordés dans le cadre des sauvetages de la Grèce et de l’Irlande. Les banques centrales obtiendraient donc des garanties de remboursement à 100%, alors que les autres investisseurs pourraient être volés de la pire des façons, à l’image des créanciers des banques irlandaises…

On sait que le sujet de la restructuration de la dette grecque est sur la table. Le terme “restructuration” est un joli terme technique, mais il recouvre une réalité qui est beaucoup moins belle : cela revient à allonger unilatéralement la duration de la dette; ou à réduire ou même supprimer le montant des intérêts prévus; ou à panacher ces différentes solutions. En résumé, c’est un hold-up contre les investisseurs et les épargnants ! Mais les banques centrales seraient épargnées par une telle spoliation, ce qui aggraverait évidemment la situation des autres créanciers.

Tout cela n’est ni plus ni moins que la vérification de l’adage “selon que vous êtres puissant ou misérable…”.

Cette situation, qui n’a évidemment pas fini d’évoluer en défaveur des créanciers des banques ou des Etats en faillite, tient à notre avis à la montée régulière en puissance du conflit entre Uranus et Pluton (carré de 90° déjà très serré en orbe et qui connaîtra 5 passages exacts successifs entre 2012 et 2015). Une telle configuration est récessionniste au plan économique et synonyme de cycle baissier sur les actions (à partir du premier aspect exact seulement). Elle engendre une hausse déraisonnable de la fiscalité (le mouvement est évidement déjà lancé) pour faire face à des dettes ou des déficits (c’est bien le cas…) et, dans les cas les plus extrêmes, elle provoque la spoliation des épargnants ou investisseurs obligataires. Un exemple sous une configuration planétaire identique : 1797 en France sous le Directoire avec la “banqueroute des deux tiers”, qui a purement et simplement annulé les deux tiers de la dette publique, ruinant de nombreux épargnants.

L’évolution de la situation en Grèce et en Irlande au plan des dettes publiques ou bancaires est donc un premier signal d’alarme, dont les épargnants auraient bien tort de ne pas s’ émouvoir. Car cette situation évolue très vite ! Après la faillite des banques islandaises, il y a également eu restructuration de la dette et celle-ci n’est d’ailleurs pas tout à fait achevée. Mais ce sont les Etats britannique et hollandais qui ont assumé le choc de la restructuration (réduction et allongement de la dette), afin de protéger leurs compatriotes qui avaient des comptes en Islande. Avec la Grèce et l’Irlande, on change de scénario complètement et, par le truchement des banques centrales, les Etats cherchent en fait à ne pas faire les frais d’une restructuration pour en faire porter un poids encore plus important sur différentes fonds d’investissements ou banques privées, les ménages et les particuliers au bout du compte !

Il y a donc un double hold-up en cours de préparation !

Evidemment, tant les dettes grecque (structurelle à cause d’un Etat obèse) qu’irlandaise (à cause d’un système bancaire en ruine et hypertrophié dans la période antérieure) ne sont évidemment pas remboursables tant les montants sont colossaux et ces pays au fond du trou. Mais ils ne se redresseront pas pour autant en annulant d’une façon ou d’une autre une partie de leurs dettes. Car les dégâts économiques vont bien au-delà à présent de dettes insupportables… Ce sont des pays (surtout la Grèce) plombés durablement, au moins pendant 10 ans mais peut-être davantage. Etre en faillite et ne pas rembourser ses dettes, cela revient à se trouver au ban des nations et à ne plus pouvoir emprunter du tout. Qui prêterait ensuite à des spoliateurs ? Pas grand monde, évidemment… Ou à des taux confiscatoires, ce qui n’arrangerait pas le problème ! Cela implique un crédit rare et cher, aussi bien pour les Etats que les entreprises et les ménages. Or, le crédit c’est la croissance… Si rien ne peut plus être financé, c’est un cycle récessionniste et inflationniste à la fois, à l’image de la République allemande de Weimar au début des années 1930. Pour donner un repère possible, les taux grecs à 10 ans sont actuellement autour de 12%. Mais en cas de restructuration de la dette grecque, ils monteraient probablement entre 20 et 30% sans aucun problème… Un simple ménage grec pourrait-il payer des taux basés sur de tels pourcentages pour financer l’achat d’un appartement ? La réponse est bien sûr négative.

Tout cela a à notre avis des implications pour les autres pays européens. Nul doute que le Portugal puis l’Espagne soient assez rapidement entraînés dans la tourmente. Puis on approchera du noyau dur de la zone euro avec la Belgique et la France. Songeons par exemple que le budget français 2011 ne contient pas une seule mesure crédible de réduction des déficits publics et sociaux. Pas une seule ! Et ne parlons même pas du remboursement de la dette elle-même (et non du seul paiement des intérêts annuels), qui n’est même pas un sujet en discussion…

Depuis le début des années 1980, les obligations souveraines ont constitué un placement sûr et rentable pour les épargnants. Même en France, par le biais des contrats d’assurance vie et des fonds en euro. Cette période de placements sûrs et rémunérateurs est sans doute en train de s’achever. Dans les années 1990, les particuliers s’étaient rués sur les OAT françaises à 10 ans dont le taux avait un moment approché les 10% de rendement. A présent, le taux n’est que 3,30% en France mais, même s’il monte à 10%, un tel placement ne serait absolument pas sûr… C’est ce qu’est en train d’enseigner la spoliation des créanciers de la Grèce et de l’Irlande.

Le 23 décembre 2010

Pierre Perrin-Monlouis
Pierre Perrin-Monlouis
Fondateur de Rente et Patrimoine (cabinet de gestion de patrimoine), Pierre Perrin-Monlouis est un analyste et trader pour compte propre. Il vous fait profiter de son expérience en trading grâce à ses analyses financières et décrypte pour vous les actualités des marchés. Son approche globale des marchés combine à la fois l'analyse technique et l'analyse fondamentale sur l'ensemble des marchés : crypto, forex, actions et matières premières.
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