Daniel Bouton : biographie de l’ex-PDG de la Société Générale

Daniel Bouton a dirigé la Société Générale pendant plus de dix ans, de 1997 à 2008. Inspecteur des finances, ancien directeur du Budget, il a conduit la banque à travers la tentative de prise de contrôle de la BNP en 1999, l’a hissée parmi les établissements les plus rentables d’Europe, avant que l’affaire Kerviel et la crise financière ne précipitent son départ. Né le 10 avril 1950 à Paris, il incarne le parcours classique de la haute fonction publique vers la direction des grandes banques. Voici sa biographie et ce qu’elle enseigne aux investisseurs.

Origines et formation

Petit-fils de cantonnier, orphelin de père à 13 ans, Daniel Bouton est souvent présenté comme un exemple de méritocratie républicaine. Lauréat du concours général en histoire, il est diplômé de Sciences Po Paris en 1971, puis de l’ENA, dont il est le benjamin de la promotion François-Rabelais, sortie en 1973.

Un haut fonctionnaire du Budget

Il entre à l’Inspection générale des finances, devient inspecteur des finances en 1974, puis rejoint la direction du Budget. Conseiller technique au cabinet du ministre du Budget en 1980, il poursuit sa carrière à Bercy après 1981, avant de devenir directeur de cabinet d’Alain Juppé, ministre délégué au Budget, de 1986 à 1988. Il est ensuite directeur du Budget jusqu’en 1991, l’un des postes les plus stratégiques de l’administration française.

La Société Générale : de directeur à PDG

En mars 1991, il rejoint la Société Générale comme directeur de la présidence, un poste créé pour lui, puis devient directeur général en 1993. En novembre 1997, il succède à Marc Viénot à la présidence de la banque, privatisée en 1987.

1999 : la bataille contre la BNP

En 1999, la Société Générale prépare un rapprochement avec Paribas lorsque la BNP lance une double offre sur les deux établissements. Au terme d’une bataille boursière très médiatisée, la BNP prend le contrôle de Paribas, donnant naissance à BNP Paribas, mais échoue à obtenir le contrôle de la Société Générale, qui reste indépendante.

Une banque très rentable

Dans les années qui suivent, la Société Générale se développe dans la banque de détail en Europe centrale et orientale (Komerční banka en République tchèque, BRD en Roumanie, Rosbank en Russie), dans les services financiers spécialisés et surtout dans les produits dérivés actions, où sa banque d’investissement devient un leader mondial. En 2006, selon certains observateurs, elle figure parmi les banques les plus rentables d’Europe, avec un rendement des fonds propres de l’ordre de 26 %.

Daniel Bouton préside aussi la Fédération bancaire française et siège dans plusieurs conseils du CAC 40.

2008 : l’affaire Kerviel et la crise

Le 24 janvier 2008, la banque annonce une perte de 4,9 milliards d’euros liée aux positions frauduleuses d’un trader, Jérôme Kerviel, en même temps que des dépréciations liées à la crise des subprimes. Daniel Bouton présente sa démission, refusée dans un premier temps par le conseil. La banque lève rapidement des capitaux pour reconstituer ses fonds propres.

Le 17 avril 2008, la Société Générale annonce la séparation des fonctions : Frédéric Oudéa devient directeur général, Daniel Bouton reste président du conseil d’administration. Le 29 avril 2009, il démissionne de la présidence, invoquant les attaques incessantes dont il fait l’objet, notamment après une polémique sur l’attribution de stock-options aux dirigeants au moment où la banque bénéficiait du soutien public. Pour en savoir plus sur l’affaire, consultez notre biographie de Jérôme Kerviel.

Une troisième carrière dans le conseil

En septembre 2009, Daniel Bouton crée sa propre société de conseil, DMJB Conseil, dont il détient l’intégralité du capital. Parmi ses premiers clients figure la banque d’affaires Rothschild & Cie.

Controverses judiciaires

En 2002, la Société Générale et son PDG avaient été mis en examen dans l’affaire dite du « Sentier II », un dossier de blanchiment présumé lié à des chèques transitant par des comptes de la banque. Le procès s’est ouvert en 2008 ; la banque et son ancien dirigeant ont finalement été relaxés.

La Société Générale après Daniel Bouton

Frédéric Oudéa a dirigé la banque de 2008 à 2023, période marquée par la crise de la dette en zone euro, des amendes importantes aux États-Unis et la réduction des activités de marché les plus risquées. Depuis 2023, la direction générale est assurée par Slawomir Krupa, qui a lancé un plan de réduction des coûts et de simplification du groupe.

Daniel Bouton en dates clés

Année Étape
1950 Naissance à Paris (10 avril)
1973 Sortie de l’ENA
1986-1988 Directeur de cabinet du ministre délégué au Budget
1988-1991 Directeur du Budget
1991 Entrée à la Société Générale
1997 PDG de la Société Générale
1999 Résistance à l’offre de la BNP
2008 Affaire Kerviel ; Frédéric Oudéa devient directeur général
2009 Démission de la présidence ; création de DMJB Conseil

Ce que son parcours apprend à l’investisseur

  1. La rentabilité élevée peut cacher des risques. Les activités de marché ont fait la fortune de la Société Générale avant de lui coûter très cher en 2008. Un rendement des fonds propres très supérieur à celui des concurrents mérite toujours d’être questionné.
  2. Le contrôle interne est un actif. Les défaillances révélées par l’affaire Kerviel ont coûté des milliards et entraîné une augmentation de capital dilutive.
  3. Les banques indépendantes peuvent rester des cibles. La bataille de 1999 rappelle que la consolidation bancaire européenne reste un thème récurrent.

Pour analyser une grande banque française cotée, consultez notre fiche sur l’action BNP Paribas, l’ancien rival de 1999. Pour se positionner à court terme sur les valeurs bancaires, certains investisseurs utilisent des CFD ; notre avis sur Vantage présente un courtier qui en propose. Les CFD sont des produits à effet de levier, à risque élevé de perte. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

FAQ

Quand Daniel Bouton a-t-il dirigé la Société Générale ?

Il a été PDG de novembre 1997 à avril 2008, puis président du conseil d’administration jusqu’en avril 2009.

Qui a succédé à Daniel Bouton ?

Frédéric Oudéa est devenu directeur général en 2008, puis président-directeur général en 2009.

Quel lien entre Daniel Bouton et l’affaire Kerviel ?

Il dirigeait la banque lorsque la perte de 4,9 milliards d’euros a été révélée en janvier 2008 ; l’affaire a conduit à la séparation de ses fonctions puis à son départ.