Bernard Thibault a dirigé la CGT, premier syndicat français par son histoire et longtemps par son audience, de 1999 à 2013. Cheminot entré à la SNCF à 15 ans comme apprenti, il s’est fait connaître lors des grandes grèves de 1995 avant de prendre la tête de la confédération. Il a ensuite siégé au conseil d’administration du Bureau international du travail. Pour l’investisseur, comprendre le rôle des syndicats permet de mieux évaluer les risques sociaux qui pèsent sur les entreprises et sur l’économie. Voici sa biographie.
De l’apprentissage à la SNCF au militantisme
Né le 2 janvier 1959 à Paris, Bernard Thibault entre en 1974, à 15 ans, au centre d’apprentissage de la SNCF de Noisy-le-Sec, dont il sort en 1976 avec un CAP de mécanique générale. Il est embauché comme ouvrier qualifié au dépôt de Paris-La Villette.
En 1977, à 18 ans, il adhère à la CGT et devient responsable des jeunes de son syndicat. Il est élu secrétaire du syndicat de son dépôt en 1980, puis secrétaire des cheminots CGT de Paris-Est en 1982. Il adhère au Parti communiste en 1987 et rejoint la même année le bureau de la fédération CGT des cheminots, dont il devient secrétaire général adjoint en 1990, puis secrétaire général de 1993 à 1999.
1995 : le visage des grandes grèves
À l’automne 1995, le plan Juppé sur la Sécurité sociale et les régimes spéciaux de retraite déclenche l’un des plus importants mouvements sociaux depuis 1968. Les cheminots sont en première ligne : le trafic ferroviaire est paralysé pendant plusieurs semaines. Bernard Thibault, alors à la tête de la fédération des cheminots, devient l’un des visages du mouvement. Le gouvernement renonce à la réforme des régimes spéciaux de retraite. Selon certains observateurs, il devient alors un symbole du renouveau de la CGT.
1999-2013 : secrétaire général de la CGT
En février 1999, il succède à Louis Viannet à la tête de la confédération. Plus jeune que ses prédécesseurs, il parvient, à la faveur de la reprise économique de la fin des années 1990, à enrayer l’érosion des effectifs du syndicat. Plusieurs étapes marquent son mandat :
| Année | Événement |
|---|---|
| 2001 | Il quitte ses responsabilités au Parti communiste, pour marquer la fin de la CGT « courroie de transmission » du parti |
| 2003 | Mobilisation contre la réforme des retraites Fillon |
| 2005 | Favorable au traité constitutionnel européen, il est mis en minorité par le comité confédéral national |
| 2009 | Réélu pour un nouveau mandat |
| 2010 | Grandes manifestations contre la réforme des retraites (report de l’âge légal à 62 ans) |
| 2013 | Fin de mandat ; Thierry Lepaon lui succède |
Au Bureau international du travail
En 2014, Bernard Thibault est élu au conseil d’administration du Bureau international du travail (BIT), l’organe exécutif de l’Organisation internationale du travail, comme représentant des travailleurs. Il regrette la faiblesse des pouvoirs de l’institution, dont les délibérations ne s’imposent pas aux États. Il quitte cette fonction en 2021.
Le syndicalisme français en chiffres
La France présente un paradoxe : son taux de syndicalisation est l’un des plus faibles des pays développés, autour de 10 % des salariés, alors que les syndicats y jouent un rôle institutionnel important. Ils participent à la gestion de la Sécurité sociale, de l’assurance chômage et des régimes de retraite complémentaire, négocient les accords de branche qui s’appliquent à la plupart des salariés, et disposent de représentants élus dans les entreprises. Leur représentativité est mesurée par les élections professionnelles. En 2017, la CFDT est devenue la première organisation syndicale dans le secteur privé, devant la CGT, qui reste la première dans la fonction publique et dans plusieurs grandes entreprises publiques et industrielles. Depuis Bernard Thibault, la CGT a été dirigée par Thierry Lepaon, Philippe Martinez, puis, depuis 2023, Sophie Binet, première femme à la tête de la confédération.
Le dernier grand mouvement social, en 2023, contre le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, a été mené par une intersyndicale unie, une situation rare dans l’histoire sociale française.
Pourquoi les syndicats intéressent l’investisseur
Un site consacré à la Bourse n’a pas vocation à prendre parti dans le débat social. Mais le rôle des syndicats a des conséquences concrètes que l’investisseur doit connaître :
- Le risque de grève : dans les transports, l’énergie ou l’industrie, les conflits sociaux peuvent peser sur le chiffre d’affaires d’une entreprise cotée. Les grèves de 1995, 2010 ou 2023 ont affecté de nombreux secteurs.
- Les réformes économiques : la capacité de mobilisation des syndicats influence le contenu et le calendrier des réformes (retraites, assurance chômage, droit du travail), qui ont des effets sur les finances publiques et les taux d’intérêt.
- Le dialogue social dans l’entreprise : la qualité des relations avec les représentants du personnel est un critère ESG suivi par les investisseurs responsables.
- Les restructurations : les plans de suppression d’emplois s’accompagnent de négociations qui en déterminent le coût et le calendrier. Voir à ce sujet notre définition du licenciement boursier.
Les entreprises de transport cotées, comme le groupe Air France-KLM, sont particulièrement exposées aux mouvements sociaux. Pour se positionner à court terme sur les valeurs sensibles à l’actualité sociale, certains investisseurs utilisent des CFD ; notre avis sur Vantage présente un courtier qui en propose. Les CFD sont des produits à effet de levier, à risque élevé de perte. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.
En résumé
Bernard Thibault a incarné pendant quatorze ans la principale confédération syndicale française, des grèves de 1995 aux mobilisations de 2010. Pour l’investisseur, son parcours rappelle que le climat social fait partie des paramètres à surveiller, en particulier dans les secteurs des transports, de l’énergie et de l’industrie.
FAQ
Quand Bernard Thibault a-t-il dirigé la CGT ?
De février 1999 à 2013, comme secrétaire général. Thierry Lepaon lui a succédé.
Quel était le métier de Bernard Thibault ?
Il était cheminot, entré à la SNCF comme apprenti à 15 ans, puis ouvrier qualifié au dépôt de Paris-La Villette.
Qu’a fait Bernard Thibault après la CGT ?
Il a siégé au conseil d’administration du Bureau international du travail de 2014 à 2021, comme représentant des travailleurs.