François Chérèque : biographie de l’ex-secrétaire général de la CFDT

François Chérèque (1956-2017) a dirigé la CFDT de 2002 à 2012. Éducateur spécialisé de formation, fils d’un ancien dirigeant syndical devenu ministre, il a incarné un syndicalisme réformiste, attaché à la négociation, qui a profondément marqué le dialogue social en France. Après la CFDT, il a présidé l’Agence du service civique et le think tank Terra Nova. Comprendre son parcours aide l’investisseur à saisir le rôle des syndicats dans les grandes réformes économiques et sociales qui influencent les entreprises et les marchés. Voici sa biographie.

Jeunesse et formation

Né le 1er juin 1956 à Nancy, François Chérèque grandit dans une fratrie de cinq garçons. Sa famille s’installe à Sarcelles lorsqu’il a 12 ans, puis il passe son enfance à Pompey, en Lorraine. Dyslexique, il obtient son baccalauréat en 1975 au lycée Notre-Dame Saint-Sigisbert de Nancy, puis intègre l’école d’éducateurs spécialisés de Neuilly-sur-Marne.

Son père, Jacques Chérèque, est au début des années 1980 l’un des principaux responsables de la CFDT, avant de devenir ministre dans le premier gouvernement de Michel Rocard. Ses frères ont fait carrière dans l’entreprise et le sport.

Un éducateur devenu syndicaliste

François Chérèque commence à travailler à l’hôpital de jour du centre Jean-Wier à Puteaux, puis devient en 1978 éducateur spécialisé au service de pédopsychiatrie du centre hospitalier de Digne-les-Bains. La même année, après plusieurs candidatures refusées par des adhérents critiques de la ligne réformiste de son père, il adhère à la CFDT.

Il y gravit les échelons :

Année Responsabilité
1986 Secrétaire général de l’union départementale CFDT des Alpes-de-Haute-Provence
1996 Secrétaire général de la fédération santé-sociaux, première fédération de la CFDT en nombre d’adhérents
2001 Entrée au bureau national et à la commission exécutive
2002 Secrétaire général de la CFDT, succédant à Nicole Notat
2006 et 2010 Réélu aux congrès de Grenoble et de Tours
2012 Départ avant la fin de son troisième mandat ; Laurent Berger lui succède

2003 : la réforme des retraites et la crise interne

En 2003, François Chérèque soutient la réforme des retraites du gouvernement Raffarin, portée par François Fillon, en échange de concessions, notamment le dispositif de départ anticipé pour carrières longues. Ce choix provoque une grave crise : il est violemment critiqué par une partie du mouvement syndical, et environ 15 000 adhérents rendent leur carte. Il consacre ensuite plusieurs mois à ressouder la confédération, en défendant la culture de la négociation plutôt que l’opposition systématique.

En 2006, lors du mouvement contre le contrat première embauche (CPE), il se rapproche de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, dans un front syndical uni qui obtient le retrait de la mesure. En 2010, il participe aux mobilisations contre la réforme des retraites qui porte l’âge légal à 62 ans. Pour comparer les deux grandes figures syndicales de l’époque, consultez notre biographie de Bernard Thibault.

Après la CFDT : service civique et Terra Nova

Après avoir quitté la CFDT en novembre 2012, François Chérèque est chargé par le gouvernement de travaux sur la pauvreté et l’inclusion sociale. De 2013 à 2016, il préside l’Agence du service civique, qui permet aux jeunes de s’engager dans des missions d’intérêt général. Il préside aussi le think tank Terra Nova, proche de la gauche libérale. Il meurt le 2 janvier 2017 à Paris, à 60 ans.

Le syndicalisme réformiste et ses effets économiques

La ligne défendue par François Chérèque repose sur l’idée qu’un syndicat doit négocier des compromis plutôt que s’opposer par principe. Ce positionnement a joué un rôle dans plusieurs grandes réformes :

  • Les retraites : la réforme de 2003 a introduit l’allongement progressif de la durée de cotisation, tout en ouvrant le départ anticipé pour carrières longues.
  • Le marché du travail : l’accord national interprofessionnel de 2008 sur la modernisation du marché du travail a créé la rupture conventionnelle, aujourd’hui largement utilisée.
  • La représentativité syndicale : la réforme de 2008, soutenue par la CFDT et la CGT, a fondé la représentativité des syndicats sur les résultats des élections professionnelles.

Sous ses successeurs, la CFDT est devenue en 2017 la première organisation syndicale du secteur privé, devant la CGT.

Ce que cela signifie pour l’investisseur

  1. Le climat social influence les réformes qui modifient le coût du travail, les finances publiques et, par ricochet, les taux d’intérêt et la note de la France.
  2. Le dialogue social dans l’entreprise est un critère extra-financier suivi par de nombreux investisseurs : grèves à répétition et conflits durables pèsent sur la performance.
  3. Les accords négociés peuvent faciliter les restructurations et en réduire le coût, comparés aux conflits ouverts. Voir aussi notre définition du licenciement boursier.

Un site consacré à la Bourse n’a pas vocation à juger les positions syndicales ; il s’agit de comprendre leur influence sur l’économie. Pour se positionner à court terme sur les marchés lors des grandes annonces économiques et sociales, certains investisseurs utilisent des CFD ; notre avis sur Vantage présente un courtier qui en propose. Les CFD sont des produits à effet de levier, à risque élevé de perte. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

Un héritage dans le dialogue social

Au-delà des réformes, François Chérèque a contribué à installer l’idée qu’un syndicat pouvait obtenir des avancées par la négociation plutôt que par le seul rapport de force. Cette approche a été poursuivie par ses successeurs à la tête de la CFDT.

François Chérèque en dates clés

1956 : naissance à Nancy (1er juin). 1978 : éducateur spécialisé à Digne-les-Bains, adhésion à la CFDT. 1996 : secrétaire général de la fédération santé-sociaux. 2002 : secrétaire général de la CFDT. 2003 : soutien à la réforme des retraites. 2012 : départ de la CFDT. 2013-2016 : président de l’Agence du service civique. 2017 : décès à Paris (2 janvier).

FAQ

Quand François Chérèque a-t-il dirigé la CFDT ?

De 2002 à novembre 2012, comme secrétaire général. Il a succédé à Nicole Notat et a été remplacé par Laurent Berger.

Pourquoi la réforme de 2003 a-t-elle divisé la CFDT ?

Parce que François Chérèque a soutenu la réforme des retraites du gouvernement Raffarin en échange de concessions ; une partie des adhérents, opposée à cette réforme, a quitté le syndicat.

Qu’a fait François Chérèque après la CFDT ?

Il a présidé l’Agence du service civique de 2013 à 2016 et le think tank Terra Nova.