Baudouin Prot : rémunération chez BNP Paribas (2007-2014)

Combien gagnait Baudouin Prot à la tête de BNP Paribas ? La rémunération de Baudouin Prot a fait partie des plus élevées du CAC 40 : 5,96 millions d’euros en 2007, 6,23 millions en 2008, puis un effondrement à 1,04 million en 2009, année de renoncement aux bonus. Cette page rassemble ces chiffres avec leur année et leur source, retrace son parcours de l’Inspection des finances à la présidence de la première banque française, et explique comment lire la rémunération d’un dirigeant de banque.

Qui est Baudouin Prot ?

Baudouin Prot est un banquier et haut fonctionnaire français, né le 24 mai 1951 dans le 17e arrondissement de Paris. Inspecteur des finances de formation, il a passé toute sa carrière dans le même groupe : entré à la Banque nationale de Paris (BNP) en 1983, il en devient directeur général en 1996, puis dirige BNP Paribas comme directeur général de 2003 à 2011, avant d’en présider le conseil d’administration de décembre 2011 à décembre 2014.

Sous sa direction, la banque réalise les deux plus grandes acquisitions de son histoire, l’italienne BNL en 2006 et la belge Fortis Banque en 2009, et devient la première banque de la zone euro par le total de bilan. BNP Paribas est aussi l’une des très rares grandes banques mondiales à n’avoir enregistré aucun exercice déficitaire pendant la crise financière de 2008.

Formation : HEC, l’ENA Guernica et l’Inspection des finances

Après l’Institution Sainte-Croix de Neuilly et le lycée Saint-Louis-de-Gonzague à Paris, Baudouin Prot est diplômé de HEC Paris en 1972, puis ancien élève de l’École nationale d’administration, promotion Guernica (1974-1976) — la même que celle de Jean Lemierre, qui lui succédera plus tard à la tête de BNP Paribas.

Il commence sa carrière à l’Inspection générale des finances, où il passe quatre ans, de 1976 à 1980, avant de devenir chargé de mission puis, en 1983, adjoint du directeur général de l’Énergie et des Matières premières au ministère de l’Industrie. Il sera promu inspecteur général des Finances en 1993, au moment où sa carrière bascule déjà vers la banque.

Dans les années 1970, il coécrit plusieurs ouvrages d’économie politique, dont Nationalisations (1977), signé avec Jean-Charles Naouri et Michel de Rosen sous le pseudonyme commun de Jacques Victorri. Ce penchant pour les idées libérales, à contre-courant de l’époque, éclaire son engagement ultérieur pour les privatisations et la dérégulation financière.

1983-1996 : l’ascension au sein de la BNP

Baudouin Prot intègre la Banque nationale de Paris en 1983, dans la banque nationalisée quelques années plus tôt. Il y gravit tous les échelons de la banque de réseau et de l’international :

  • 1983 : directeur adjoint de la zone intercontinentale ;
  • 1985 : directeur du département Europe ;
  • 1987 : direction centrale des réseaux métropolitains ;
  • 1989 : directeur central, puis directeur du réseau France en 1992 ;
  • septembre 1996 : directeur général de la BNP, aux côtés du président Michel Pébereau.

Ce parcours complet, de l’international à la banque de détail en passant par la direction des réseaux français, fait de lui le spécialiste de l’exploitation bancaire du tandem qu’il forme avec Michel Pébereau, plus enclin aux mouvements de stratégie financière.

2000-2003 : la fusion Paribas et la séparation des pouvoirs

En 1999, la BNP lance une offre publique d’échange surprise sur Paribas et Société Générale. Au terme d’une bataille boursière restée célèbre, la BNP emporte Paribas : la fusion crée BNP Paribas en 2000, dont Michel Pébereau prend la présidence et Baudouin Prot la direction générale déléguée.

En 2003, la gouvernance évolue : la banque sépare la fonction de président du conseil d’administration et celle de directeur général. Michel Pébereau devient président non exécutif ; Baudouin Prot devient directeur général, seul responsable de la conduite du groupe. Il le restera huit ans, jusqu’en décembre 2011.

2006 : le rachat de la BNL, un second marché domestique

La première grande opération du mandat est italienne. La Banca Nazionale del Lavoro (BNL), sixième banque italienne, est convoitée par l’espagnole BBVA, mais le gouverneur de la Banque d’Italie, Antonio Fazio, s’y oppose et soutient un contre-projet de l’assureur Unipol. L’affaire se termine par les démissions du gouverneur et du président d’Unipol.

C’est dans cette brèche que BNP Paribas s’engouffre : le 3 février 2006, elle rachète 48 % du capital de BNL à Unipol et à ses associés, puis lance une offre sur le reste. À la fin juillet 2006, elle détient 100 % de la banque romaine. L’Italie devient un second marché domestique, complément du français et du belge à venir.

2008-2009 : Fortis Banque, l’opération de la crise

La faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008, déclenche un krach boursier et une crise de confiance sans précédent. Le bancassureur belgo-néerlandais Fortis, sauvé de justesse par une nationalisation partielle, doit céder sa banque belge. C’est l’opération qui va transformer BNP Paribas.

Une chronologie en trois temps

Le 6 octobre 2008, un premier protocole est annoncé : BNP Paribas reprendrait 75 % de Fortis Banque Belgique et 100 % de Fortis Assurance Belgique. Mais le 11 décembre 2008, des milliers de petits actionnaires néerlandais et belges rejettent la partie assurance du plan, bloquant l’opération et plongeant Fortis dans l’incertitude.

L’accord est renégocié pendant l’hiver. Le 30 janvier 2009, BNP Paribas accepte des concessions ; début mars, un nouvel accord est signé avec l’État belge et Fortis Holding. Fin avril, les actionnaires de Fortis l’approuvent à près de 78 % aux Pays-Bas, puis la Commission européenne ouvre la voie. L’acquisition est finalisée au printemps 2009.

Le mécanisme : une banque payée en actions

Dans sa version finale, l’opération voit BNP Paribas acquérir 75 % de Fortis Banque, première banque de dépôt belge, ainsi que la banque luxembourgeoise BGL, pour un total d’environ 10,4 milliards d’euros selon la presse de l’époque — l’une des plus grandes opérations de la Bourse européenne de la décennie.

L’essentiel du prix est payé en actions BNP Paribas : l’État belge devient ainsi actionnaire de la banque française à hauteur d’environ 10 % du capital. En novembre 2013, BNP Paribas rachètera les 25 % restants de Fortis Banque pour 3,25 milliards d’euros, réalisant au passage une substantielle plus-value sur son investissement de crise.

La traversée de la crise : bénéfices, FBF et distinctions

Le paradoxe de ces années : BNP Paribas gagne de l’argent pendant que d’autres s’effondrent. En 2008, au plus fort de la crise, la banque dégage un bénéfice net supérieur à trois milliards d’euros. La volatilité extrême des marchés, propice aux activités de trading et de financement, et l’absence de portefeuille toxique américain massif expliquent cette résistance.

Cette traversée vaut à Baudouin Prot une reconnaissance inhabituelle : « Financier de l’année » de l’Andese en 2006 et en 2009, « Stratège de l’année » du journal La Tribune en 2009 pour le rachat de Fortis, « meilleur dirigeant bancaire européen » de la revue Institutional Investor en 2010. Il préside aussi la Fédération bancaire française de septembre 2009 à septembre 2010, au cœur des débats sur la régulation bancaire.

Il siège parallèlement aux conseils d’administration de PPR (devenu Kering) et de Veolia Environnement, et représente la banque au conseil de surveillance d’Accor.

2011-2014 : président du conseil d’administration

Le 1er décembre 2011, Baudouin Prot succède à Michel Pébereau comme président du conseil d’administration de BNP Paribas, fonction non exécutive. Jean-Laurent Bonnafé, dauphin historique du groupe, devient directeur général. La transition est présentée comme un passage de témoin en douceur.

Le mandat de président est marqué par un séisme : en juin 2014, BNP Paribas accepte de payer 8,9 milliards de dollars d’amende aux autorités américaines pour avoir traité des paiements en dollars avec des pays sous embargo (Soudan, Iran, Cuba). Une sanction record, qui entraîne des restrictions temporaires d’activité sur certains marchés en dollars.

Le 26 septembre 2014, Baudouin Prot annonce qu’il quittera la présidence plus tôt que prévu, une décision que Le Monde qualifie de départ prématuré dans le sillage de l’affaire américaine. Il quitte ses fonctions le 1er décembre 2014 ; Jean Lemierre, issu comme lui de la promotion Guernica de l’ENA, lui succède.

Rémunération de Baudouin Prot : les chiffres publiés

Les montants ci-dessous sont ceux qui ont été publiés à l’époque, à partir des déclarations officielles de la banque, puis repris par le Who’s Who in France et par la presse économique. Comme pour les autres patrons du CAC 40 dans notre rubrique rémunérations, chaque chiffre est rattaché à son exercice fiscal.

Exercice Fonction Rémunération rapportée Source et contexte
2007 Directeur général 5 964 029 € Année record avant la crise
2008 Directeur général 6 231 852 € Montant versé en pleine crise financière
2009 Directeur général 1 045 530 € Renoncement aux bonus, pas de stock-options
2011 Directeur général Fixe proche d’1 M€, variable annoncé supérieur à 5 M€ Annonces reprises par la presse
2014 Départ Retraite chapeau d’environ 500 000 €/an Rapportée par Capital à son départ

La chute de 2009 s’explique par un geste politique : en mars 2009, alors que les banques françaises sont soutenues par l’État, Baudouin Prot et Michel Pébereau renoncent à leurs bonus et refusent l’attribution de stock-options, rapporte Le Figaro. Deux ans plus tard, le niveau d’avant-crise était rétabli.

Pour les exercices 2012 et 2013, années de sa présidence, aucun chiffre global consolidé n’est aisément vérifiable dans la presse : les montants détaillés figurent dans les documents de référence de BNP Paribas de l’époque, que l’AMF conserve en accès public. Des déclarations à l’AMF font aussi état d’exercices de stock-options suivis de cessions d’actions, une pratique courante pour les dirigeants rémunérés en options.

Comment lire la rémunération d’un dirigeant de banque

Depuis la crise de 2008, la rémunération des banquiers est encadrée plus strictement que dans les autres secteurs. Quatre repères pour l’actionnaire :

  • Plafonnement du bonus : depuis la directive européenne CRD IV, appliquée à partir de 2014, la part variable des preneurs de risques ne peut en principe pas dépasser 100 % de la part fixe (200 % avec l’accord des actionnaires) ;
  • Paiement différé : une part importante du variable est versée sur plusieurs années et peut être réduite ou annulée en cas de pertes ou de faute (« malus » et « clawback ») ;
  • Paiement en titres : une partie du variable est versée en actions ou en instruments indexés sur le cours, pour aligner le dirigeant sur les actionnaires ;
  • Vote des actionnaires : les assemblées générales se prononcent chaque année sur la politique de rémunération et sur les montants versés.

Pour l’actionnaire, la question n’est pas seulement « combien », mais « en échange de quoi ». Les critères du variable — rentabilité des fonds propres, coût du risque, solvabilité — révèlent les priorités réelles du conseil. Les comparaisons entre banques doivent aussi tenir compte de la taille et du profil de risque de chaque établissement.

L’après-BNP : mandats, famille et héritage

Après son départ, Baudouin Prot rejoint en octobre 2015 le cabinet de conseil Boston Consulting Group comme senior advisor, où il met son expérience bancaire au service des institutions financières européennes. Son départ coïncide avec une transition réussie : sous Jean Lemierre et Jean-Laurent Bonnafé, BNP Paribas poursuit sa diversification, cède sa filiale américaine Bank of the West en 2023 et renforce sa gestion d’actifs avec le rachat d’AXA Investment Managers, annoncé en 2024.

Côté famille, son fils Alexandre Prot est le cofondateur et dirigeant de la néobanque Qonto, devenue en 2022 la licorne française la mieux valorisée après une levée de fonds de près de 500 millions d’euros — une nouvelle génération bancaire que le père, arrivé à la banque par les réseaux d’agences, a vu naître.

Pour analyser la valorisation, le dividende et les risques de la banque qu’il a dirigée, consultez notre fiche sur l’action BNP Paribas. Les valeurs bancaires réagissent fortement aux taux d’intérêt et aux résultats trimestriels ; cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

Baudouin Prot en dates clés

Année Étape
1951 Naissance à Paris (24 mai)
1972 Diplômé d’HEC Paris
1976 Sortie de l’ENA (promotion Guernica) ; Inspection générale des finances
1983 Entrée à la BNP ; adjoint du directeur général de l’Énergie au ministère de l’Industrie
1996 Directeur général de la BNP (septembre)
2000 Directeur général délégué de BNP Paribas après la fusion
2003 Directeur général de BNP Paribas
2006 Rachat de la BNL (100 % en juillet)
2009 Acquisition de Fortis Banque finalisée ; renonciation aux bonus
2011 Président du conseil d’administration (1er décembre)
2014 Amende américaine record (juin) ; départ de la présidence (1er décembre)
2015 Senior advisor au Boston Consulting Group

Le style Baudouin Prot : ce que son parcours enseigne

Baudouin Prot incarne la banque française de sa génération : formée à l’État, aguerrie aux fusions, francisée puis européanisée. Son ascension — de l’inspection des finances à la direction générale de BNP Paribas en 2003 — épouse la construction du premier réseau bancaire de l’eurozone.

Sa décision la plus commentée reste le sauvetage-négociation de Fortis en 2008-2009 : accepter le refus des actionnaires belges, renégocier pendant des semaines, finaliser en pleine crise financière mondiale. Le style Prot — prudent, juridiquement méticuleux, peu porté sur l’ostentation — a marqué une maison qui cultive la discrétion.

La rémunération des grands dirigeants bancaires, dont la sienne a régulièrement alimenté le débat public, illustre la tension permanente entre marché international des talents, exigence des actionnaires et acceptabilité sociale. Un arbitrage que chaque génération de dirigeants doit refaire — et que nos fiches rémunération documentent au cas par cas.

FAQ

Combien gagnait Baudouin Prot chez BNP Paribas ?

Selon les montants publiés à l’époque, sa rémunération s’élevait à 5 964 029 € en 2007, 6 231 852 € en 2008 et 1 045 530 € en 2009, année où il a renoncé à ses bonus. À son départ fin 2014, la presse rapportait une retraite chapeau d’environ 500 000 € par an.

Pourquoi sa rémunération a-t-elle chuté en 2009 ?

En pleine crise financière, alors que les banques françaises bénéficiaient du soutien de l’État, Baudouin Prot et Michel Pébereau ont renoncé à leurs bonus et refusé l’attribution de stock-options pour l’exercice.

Quel rôle a joué Baudouin Prot dans le rachat de Fortis ?

Directeur général de BNP Paribas à la fin 2008, il a piloté la reprise de 75 % de Fortis Banque Belgique, d’abord signée en octobre 2008, rejetée partiellement par les actionnaires de Fortis en décembre, renégociée puis finalisée au printemps 2009 pour environ 10,4 milliards d’euros payés en grande partie en actions.

Baudouin Prot était-il PDG de BNP Paribas ?

Non : la banque séparait les deux fonctions. Il a été directeur général (dirigeant exécutif) de 2003 à 2011, puis président du conseil d’administration (fonction non exécutive) de décembre 2011 à décembre 2014.

Qui a succédé à Baudouin Prot ?

Jean-Laurent Bonnafé est devenu directeur général en décembre 2011, et Jean Lemierre, de la même promotion de l’ENA, a repris la présidence du conseil d’administration le 1er décembre 2014.

Quel lien entre Baudouin Prot et Qonto ?

Son fils, Alexandre Prot, est le cofondateur et dirigeant de la néobanque française Qonto, spécialisée dans les comptes professionnels, valorisée plus de 4 milliards d’euros depuis 2022.