Christian Streiff a eu une carrière d’industriel singulière : vingt-six ans chez Saint-Gobain, trois mois à la tête d’Airbus en pleine crise de l’A380, puis la présidence du directoire de PSA Peugeot Citroën de 2007 à 2009, interrompue par un accident vasculaire cérébral. Né le 21 septembre 1954 à Sarrebourg, en Moselle, major de l’École des mines, il est ensuite devenu administrateur de grandes entreprises et investisseur dans de jeunes sociétés. Voici son parcours et ce qu’il enseigne sur la gouvernance des grands groupes industriels.
Formation : major des Mines
Christian Streiff fait ses études au collège et au lycée public de Sarrebourg ; son éducation est marquée par le scoutisme. Reçu premier au concours de l’École des mines de Paris en 1974, il en sort major en 1977. Il y crée avec un camarade un cours d’écologie et pratique le théâtre, mettant en scène La Vie de Galilée de Brecht. À sa sortie, l’école le recommande à Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, qui l’embauche.
Vingt-six ans chez Saint-Gobain
Entré en 1979, Christian Streiff occupe des fonctions dans de nombreuses activités du groupe : fonderie automobile, fibre de verre, conditionnement, céramiques et plastiques. Ses principales étapes :
| Année | Fonction |
|---|---|
| 1989 | Directeur général de Vetrotex, filiale allemande de fibre de verre |
| 1991 | Direction de Vetri, filiale italienne d’emballage |
| 1994 | Directeur général de Saint-Gobain Emballage |
| 1997 | Président de la branche canalisations (Pont-à-Mousson), entrée au comité de direction |
| 2001-2003 | Direction du pôle matériaux haute performance, entre Paris et Boston |
| 2005 | Départ après des divergences stratégiques avec Jean-Louis Beffa |
Devenu directeur général délégué, il était considéré comme un successeur possible à la tête du groupe. Son départ en mai 2005 illustre la difficulté des successions dans les grands groupes. Pour découvrir le dirigeant qui l’a recruté, consultez notre biographie de Jean-Louis Beffa.
2006 : trois mois à la tête d’Airbus
Le 3 juillet 2006, il est nommé président exécutif d’Airbus et membre du comité exécutif d’EADS. L’avionneur traverse une crise grave : les retards de l’A380, liés notamment à des problèmes de câblage électrique entre les sites français et allemands, plombent ses comptes et son cours de Bourse. Christian Streiff lance le plan de restructuration Power 8, obtient le lancement de l’A350 et impose un même logiciel de conception aux équipes des différents pays pour résoudre le problème du câblage.
Mais il se heurte à la gouvernance complexe d’EADS, partagée entre actionnaires français et allemands, et réclame plus d’autonomie pour Airbus. Il démissionne le 9 octobre 2006, après trois mois, remplacé par Tom Enders. Le plan Power 8 sera poursuivi bien après son départ. Pour suivre l’avionneur aujourd’hui, consultez notre analyse de l’action Airbus.
2007-2009 : président du directoire de PSA
Le 6 février 2007, il succède à Jean-Martin Folz à la tête du directoire de PSA Peugeot Citroën, qui compte alors environ 200 000 salariés et 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il lance de nouvelles gammes, comme les Peugeot 3008 et 5008 et le coupé RCZ, ainsi que la ligne DS chez Citroën, avec la DS3, qui deviendra plus tard une marque. Il pousse aussi le développement de moteurs plus sobres.
En mai 2008, un accident vasculaire cérébral l’éloigne de ses fonctions pendant plus d’un mois. La crise automobile de 2008-2009 frappe ensuite durement le groupe. En 2009, la famille Peugeot convainc le conseil de surveillance que son état de santé n’est plus compatible avec ses fonctions ; Philippe Varin le remplace en juin 2009. Pour suivre l’héritier de PSA, voir notre fiche sur l’action Stellantis.
Une nouvelle vie d’administrateur et d’investisseur
Après PSA, Christian Streiff devient administrateur de grandes entreprises, notamment du groupe Crédit Agricole, et siège au conseil de surveillance de groupes européens comme ThyssenKrupp ou Continental. Il investit ensuite dans de jeunes entreprises. Il a témoigné publiquement de son AVC et de sa rééducation, contribuant à sensibiliser le grand public à cette maladie.
Le contexte de l’automobile en 2007-2009
Christian Streiff arrive chez PSA à un moment où le groupe affiche une rentabilité inférieure à celle de ses concurrents et cherche à réduire ses coûts. Il fixe des objectifs ambitieux de marge opérationnelle et engage un plan de réduction des effectifs. Mais la crise financière de l’automne 2008 provoque un effondrement des ventes de voitures neuves en Europe. Les constructeurs doivent réduire leur production, puis bénéficient en 2009 des primes à la casse et d’un prêt de l’État français, en échange d’engagements sur l’emploi. C’est dans ce contexte difficile que la famille Peugeot décide de changer de dirigeant. Pour l’investisseur, l’épisode illustre la sensibilité extrême des constructeurs automobiles au cycle économique et la rapidité avec laquelle leurs résultats peuvent se dégrader.
Ce que son parcours apprend à l’investisseur
- La gouvernance peut l’emporter sur la stratégie. Chez Airbus, un plan pertinent n’a pas suffi face à une structure de décision partagée entre deux pays. Les investisseurs doivent toujours examiner qui décide vraiment.
- Le risque « homme clé » existe. L’indisponibilité soudaine d’un dirigeant peut désorganiser une entreprise ; les plans de succession sont un critère de gouvernance.
- L’actionnaire familial pèse. Chez PSA, la famille Peugeot a joué un rôle décisif dans la nomination et le départ des dirigeants.
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Christian Streiff en dates clés
1954 : naissance à Sarrebourg. 1977 : major de l’École des mines. 1979 : entrée chez Saint-Gobain. 2005 : départ de Saint-Gobain. Juillet-octobre 2006 : président d’Airbus. 2007-2009 : président du directoire de PSA Peugeot Citroën. Mai 2008 : accident vasculaire cérébral.
FAQ
Combien de temps Christian Streiff a-t-il dirigé Airbus ?
Environ trois mois, de juillet à octobre 2006. Il a démissionné le 9 octobre 2006 et a été remplacé par Tom Enders.
Quand Christian Streiff a-t-il dirigé PSA Peugeot Citroën ?
De février 2007 à juin 2009, comme président du directoire. Philippe Varin lui a succédé.
Quelle est la formation de Christian Streiff ?
Il est ingénieur, diplômé major de l’École des mines de Paris en 1977.