Mis à jour le 1er novembre 2026
Un flash crash (en français, krach éclair) est une chute très forte et extrêmement rapide des cours, suivie le plus souvent d’un rebond tout aussi brutal. En quelques minutes, parfois en quelques secondes, une action, un indice, une devise ou une cryptomonnaie perd plusieurs pourcents, voire bien davantage, puis regagne l’essentiel du terrain perdu. Le terme officiel retenu par FranceTerme et par l’Office québécois de la langue française est « krach éclair ».
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Ce guide explique comment se produit un flash crash, revient sur les épisodes les plus marquants, de Wall Street en 2010 au « gros doigt » de Citigroup en 2022, et détaille les coupe-circuits des marchés. Il donne aussi les réflexes pour protéger vos ordres de bourse.
Qu’est-ce qu’un flash crash ? Définition
Un flash crash réunit trois caractéristiques :
- Une baisse violente : plusieurs pourcents sur un indice, ou des dizaines de pourcents sur un titre isolé.
- Une durée très courte : de quelques secondes à environ une demi-heure.
- Un rebond rapide : les prix reviennent en grande partie à leur niveau d’avant la chute, souvent dans la même séance.
C’est ce dernier point qui le distingue d’un krach boursier classique. Un krach « ordinaire », comme celui de 1929 ou de 1987, est un effondrement généralisé et durable, lié à une crise de confiance ou à l’éclatement d’une bulle. Un flash crash est d’abord un accident de marché : un dysfonctionnement de la formation des prix plutôt qu’une réévaluation de la valeur des entreprises.
| Krach éclair (flash crash) | Krach boursier classique | |
|---|---|---|
| Durée de la chute | secondes à minutes | une ou plusieurs séances |
| Rebond | rapide, souvent le jour même | lent, parfois des années |
| Cause typique | ordres automatiques, erreur de saisie, liquidité qui s’évapore | bulle spéculative, crise économique, panique |
| Exemples | 6 mai 2010, 2 mai 2022 | 1929, 1987, 2008 |
Pour les krachs « longs », voir notre guide sur le krach boursier et sur l’histoire de la bourse.
Comment se produit un krach éclair ?
Le mécanisme est presque toujours le même : un flux d’ordres de vente massif rencontre un carnet d’ordres soudain vide.
1. Un déclencheur
Le déclencheur peut être :
- une erreur de saisie, le fameux fat finger (« gros doigt ») : un opérateur tape une quantité ou un prix erroné ;
- un ordre de très grande taille exécuté trop vite par un algorithme ;
- une information inattendue (rumeur, faux tweet, statistique surprise) qui provoque des ventes automatiques ;
- une manipulation : des ordres fictifs passés puis annulés (spoofing) pour faire bouger les prix.
2. Le rôle du trading haute fréquence et des algorithmes
Aujourd’hui, une grande partie des ordres est passée par des programmes informatiques. Le trading haute fréquence (THF) apporte habituellement de la liquidité, car ces acteurs affichent en permanence des prix d’achat et de vente. Mais lorsque la volatilité explose, beaucoup de ces algorithmes se retirent du marché en quelques millisecondes pour limiter leurs risques. D’autres programmes, programmés pour suivre la tendance ou couper les pertes, ajoutent des ventes aux ventes.
Les autorités ne s’accordent pas sur la part exacte du THF dans les flash crashs. Le constat partagé est qu’il accélère les mouvements : la chute qui prenait des heures dans les années 1980 se joue désormais en minutes.
3. L’évaporation de la liquidité
Quand les acheteurs disparaissent, chaque ordre de vente « au marché » doit descendre de plus en plus bas dans le carnet d’ordres pour trouver une contrepartie. C’est ainsi que certaines actions se sont échangées à un centime le 6 mai 2010, alors qu’elles valaient plusieurs dizaines de dollars une minute plus tôt.
4. Les ordres stop en cascade
Les ordres stop de nombreux particuliers et institutionnels se déclenchent en chaîne. Un ordre stop devient un ordre au marché dès que son seuil est touché. Dans un marché sans acheteurs, il est exécuté à un prix parfois très éloigné du seuil prévu, ce qui alimente encore la baisse.
Les grands flash crashs de l’histoire
Le flash crash 2010 de Wall Street (6 mai)
C’est l’épisode qui a popularisé l’expression. Vers 14 h 32 (heure de New York), dans un marché déjà nerveux à cause de la crise de la dette grecque, les indices américains décrochent brutalement. Le Dow Jones perd près de 1 000 points en quelques minutes avant de regagner l’essentiel de ses pertes. L’épisode dure environ 36 minutes au total, et des centaines de milliards de dollars de capitalisation sont effacés puis retrouvés.
Le rapport conjoint de la SEC et de la CFTC, publié le 30 septembre 2010, décrit une réaction en chaîne. Un fonds a vendu en très peu de temps environ 75 000 contrats à terme E-mini S&P 500 via un algorithme. Les acteurs à haute fréquence se sont ensuite échangé ces contrats entre eux, puis ont cessé de fournir de la liquidité. En 2015, un trader londonien, Navinder Sarao, a été poursuivi aux États-Unis pour avoir manipulé ce marché à terme par des ordres fictifs. Son rôle exact dans le krach reste débattu.
7 octobre 2016 : la livre sterling
En pleine séance asiatique, peu liquide, la livre sterling chute d’environ 6 % face au dollar en quelques minutes, avec des baisses plus fortes encore affichées sur certaines plateformes. Elle touche alors son plus bas niveau depuis plus de trente ans. La Banque des règlements internationaux a analysé l’épisode à la demande de la Banque d’Angleterre. Elle a conclu à un faisceau de causes : heure creuse, ordres de couverture d’options, trading algorithmique.
2 janvier 2019 : le yen
Un jour férié au Japon, en début de séance asiatique, le dollar perd plus de 4 % face au yen en quelques minutes avant de se reprendre. Là encore, la faible liquidité de l’horaire a amplifié des ventes automatiques.
2 mai 2022 : le « gros doigt » de Citigroup
Un trader de Citigroup à Londres veut vendre un panier d’actions européennes d’environ 58 millions de dollars. Il crée par erreur un panier de 444 milliards de dollars. Les contrôles de la banque en bloquent une partie, mais environ 189 milliards partent vers un algorithme d’exécution. L’indice OMX Stockholm 30 plonge d’environ 8 % en cinq minutes, avant de clôturer en baisse d’environ 1,9 %. Sur l’ensemble des marchés européens, quelque 300 milliards d’euros de capitalisation ont été momentanément effacés.
Les régulateurs britanniques (FCA et PRA) ont infligé en 2024 une amende totale de 61,6 millions de livres à Citigroup pour ses défaillances de contrôle. Le régulateur allemand BaFin l’a également sanctionnée.
Les cryptomonnaies, terrain fréquent de krachs éclairs
Les marchés crypto, ouverts 24 h/24 et souvent moins profonds que les marchés actions, connaissent régulièrement des krachs éclairs. Le cas le plus célèbre : le 21 juin 2017, sur la plateforme GDAX (aujourd’hui Coinbase), l’ether passe d’environ 319 dollars à 0,10 dollar en quelques instants, après un gros ordre de vente qui a déclenché une cascade de liquidations et d’ordres stop. Un flash crash crypto peut toucher une seule plateforme sans affecter les autres, car chaque carnet d’ordres est séparé.
Coupe-circuit : comment les marchés se protègent
Depuis 2010, les bourses ont multiplié les coupe-circuits (circuit breakers). Un coupe-circuit suspend automatiquement la cotation quand les prix bougent trop vite, le temps que de nouveaux ordres arrivent dans le carnet.
- Sur Euronext (Paris, Amsterdam, Bruxelles…), chaque valeur est encadrée par des seuils de réservation. Les seuils dynamiques sont calculés autour du dernier cours, et les seuils statiques autour d’un cours de référence fixe. Si un ordre risque de faire franchir un seuil, la cotation passe en « réservation ». Elle est suspendue quelques minutes, le temps de collecter de nouveaux ordres, puis reprend par un fixing.
- En Europe, la directive MiFID II impose aux plateformes de négociation de pouvoir interrompre ou limiter temporairement les échanges en cas de mouvement de prix important. Elle encadre aussi le trading algorithmique (tests des algorithmes, contrôles de risque avant envoi des ordres).
- Aux États-Unis, le mécanisme Limit Up-Limit Down encadre chaque action individuellement depuis 2012. Des coupe-circuits à l’échelle du marché s’activent si le S&P 500 recule de 7 %, 13 % puis 20 % dans la journée.
Ces garde-fous n’empêchent pas totalement les krachs éclairs : l’épisode de mai 2022 l’a montré. Ils en limitent cependant l’ampleur et laissent aux investisseurs le temps de réagir.
Flash crash bourse : quels risques pour l’investisseur particulier ?
Pour un investisseur à long terme qui ne passe pas d’ordre pendant la chute, un flash crash est généralement sans conséquence : les prix reviennent souvent à leur niveau initial dans la journée.
Le danger vient des ordres qui s’exécutent pendant la chute :
- un ordre au marché peut être exécuté à un prix aberrant ;
- un ordre stop classique se transforme en ordre au marché et peut vendre au plus bas, juste avant le rebond ;
- une position à effet de levier peut être liquidée automatiquement par le broker si la marge devient insuffisante, même quelques secondes.
Dans certains cas, les bourses annulent après coup les transactions exécutées à des prix manifestement erronés. Ce fut le cas pour des milliers de transactions le 6 mai 2010. Ces annulations ne sont ni automatiques ni garanties.
Comment se protéger d’un krach éclair ?
- Privilégier les ordres à cours limité. Un ordre limite fixe le prix minimum (à la vente) ou maximum (à l’achat) que vous acceptez. Voir notre guide des ordres de bourse.
- Utiliser un ordre stop limite plutôt qu’un stop simple. Le stop limite ne vend pas en dessous d’un prix plancher, au risque de ne pas être exécuté si le marché passe sous ce plancher.
- Éviter de trader aux heures creuses : préouverture, séances asiatiques sur le forex, week-ends sur la crypto, jours fériés. La liquidité y est plus faible.
- Limiter l’effet de levier. Plus le levier est élevé, plus une chute de quelques minutes peut suffire à déclencher un appel de marge.
- Ne pas paniquer. Vendre en pleine chute revient souvent à acheter la liquidité au pire moment. Un rebond rapide n’est pas forcément durable non plus : attention au rebond du chat mort lors des vrais krachs.
- Diversifier. Un portefeuille réparti entre plusieurs actifs subit moins une anomalie touchant un seul titre ou une seule plateforme.
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Questions fréquentes sur le flash crash
Quelle est la différence entre un flash crash et un krach boursier ?
Le flash crash est une chute extrêmement rapide, en secondes ou en minutes, suivie d’un rebond presque aussi rapide, souvent causée par un dysfonctionnement technique ou une erreur d’ordre. Le krach boursier est un effondrement généralisé et durable des cours, lié à une crise de confiance ou à l’éclatement d’une bulle spéculative.
Quel a été le plus grand flash crash ?
Le plus connu reste celui du 6 mai 2010 à Wall Street : le Dow Jones a perdu près de 1 000 points en quelques minutes avant de se reprendre. Des centaines de milliards de dollars de capitalisation ont été effacés puis retrouvés. Sur une seule plateforme, la chute de l’ether à 0,10 dollar sur GDAX en 2017 fut l’une des plus spectaculaires.
Le trading haute fréquence est-il responsable des flash crashs ?
Il n’en est pas l’unique cause, mais il les accélère. Les algorithmes à haute fréquence fournissent normalement de la liquidité. Lors d’un choc, ils se retirent en quelques millisecondes, ce qui vide le carnet d’ordres. Les rapports officiels décrivent plutôt une combinaison de facteurs : gros ordre, marché nerveux, liquidité qui s’évapore.
Un flash crash peut-il se produire sur le CAC 40 ?
Oui, aucun marché n’est à l’abri. Le 2 mai 2022, l’erreur de Citigroup a fait reculer l’indice européen de référence d’environ 3 % en quelques minutes. Euronext dispose toutefois de seuils de réservation qui suspendent la cotation d’une valeur lorsque son cours varie trop vite, ce qui limite l’ampleur des mouvements.
Faut-il vendre pendant un flash crash ?
En règle générale, non. Un flash crash est par définition suivi d’un rebond rapide, et vendre au plus bas cristallise une perte qui aurait souvent disparu quelques minutes plus tard. Le vrai réflexe se prend avant : préférer les ordres à cours limité et éviter un effet de levier excessif.
Que signifie « fat finger » ?
« Fat finger », ou « gros doigt », désigne une erreur de saisie : un opérateur tape une quantité ou un prix erroné, par exemple un milliard au lieu d’un million. Si les contrôles ne bloquent pas l’ordre, il peut déclencher un krach éclair, comme lors de l’erreur de Citigroup le 2 mai 2022.
Sources : FranceTerme et Office québécois de la langue française (définition de « krach éclair ») ; rapport conjoint SEC-CFTC du 30 septembre 2010 sur les événements du 6 mai 2010 ; Banque des règlements internationaux, rapport sur la livre sterling (2017) ; Financial Conduct Authority et Prudential Regulation Authority, décision Citigroup Global Markets Ltd (2024) ; Euronext, documentation sur les mécanismes de réservation ; directive 2014/65/UE (MiFID II).
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