Bruno Lafont, né le 8 juin 1956 à Boulogne-Billancourt, a consacré toute sa carrière à un seul groupe : Lafarge, qu’il a gravi poste après poste pendant trente ans avant d’en prendre la direction en 2006, puis de piloter la fusion historique avec le suisse Holcim en 2015. Son parcours s’achève brutalement en avril 2026 avec une condamnation à six ans de prison dans l’affaire du financement de groupes terroristes en Syrie — un cas unique pour un patron du CAC 40.
Formation : HEC puis l’ENA
Après le lycée Saint-Louis-de-Gonzague, Bruno Lafont intègre HEC Paris, dont il sort diplômé en 1977, puis l’École nationale d’administration (promotion 1982). Ce profil classique de haut fonctionnaire orienté entreprise marque toute sa carrière : rigueur financière, goût de l’international et une loyauté totale envers une seule maison.
Trente ans d’ascension chez Lafarge
Il commence chez Lafarge en 1983 comme auditeur interne à la direction financière. Tout se joue ensuite à l’international : directeur administratif et financier de la branche sanitaire en Allemagne, directeur financier puis directeur du développement international basé outre-Rhin, directeur des opérations Ciment pour la Turquie et la Méditerranée orientale en 1990. En 1995, il entre au comité exécutif comme directeur général adjoint finances ; en 1998, il prend la présidence de l’activité plâtre, puis co-dirige l’activité Ciment en accélérant le développement en Asie — notamment via la coentreprise avec Shui On en Chine. De 2003 à fin 2005, il est directeur général délégué du groupe.
PDG de Lafarge (2006-2015) : l’ère des grandes acquisitions
Le 1er janvier 2006, Bruno Lafont devient directeur général de Lafarge et lance le plan stratégique « Excellence 2008 ». Deux opérations majeures marquent son mandat : le rachat des minoritaires de Lafarge North America et surtout l’acquisition d’Orascom Cement en décembre 2007 pour 8,8 milliards d’euros, qui fait de Lafarge le leader cimentier au Moyen-Orient et dans les marchés émergents. Le 3 mai 2007, il ajoute la présidence du conseil d’administration à la direction générale. Ces opérations de dilation, détaillées dans notre page sur sa rémunération chez Lafarge, faisaient de lui l’un des patrons les mieux payés du SBF 120.
2015 : la fusion Lafarge-Holcim et une sortie rapide
En 2015, il pilote la fusion par égalité avec le suisse Holcim, qui donne naissance à LafargeHolcim, numéro un mondial des matériaux de construction. La mise en œuvre tourne court : aux termes d’accords actionariaux serrés, il quitte la co-présidence en avril 2017, tandis que l’intégration est reprise par l’équipe dirigeante issue d’Holcim. Il conserve jusqu’à cette date un rôle de vice-président du conseil d’administration. Parallèlement, il siège aux conseils d’administration d’ArcelorMittal et d’EDF, préside la commission Développement durable du Medef jusqu’à sa démission en janvier 2018, et co-dirige des travaux du WBCSD sur l’efficacité énergétique des bâtiments.
L’affaire de Syrie et la condamnation de 2026
L’épisode qui bouleverse son parcours judiciaire : pour maintenir en activité son usine syrienne malgré la guerre, la filiale Lafarge Cement Syria a versé entre 2012 et 2014 environ 5,6 millions d’euros à des factions armées, dont l’État islamique, selon un rapport interne commandité par le groupe. Mis en examen en décembre 2017 pour « financement d’une entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui », Bruno Lafont comparat au procès de novembre-décembre 2025. Le 13 avril 2026, le tribunal correctionnel de Paris le reconnaît coupable et le condamne à six ans de prison avec mandat de dépôt à exécution immédiate et 225 000 euros d’amende ; la société Lafarge écope de l’amende maximale de 1,125 million d’euros. Il fait appel, avec demande de mise en liberté — la procédure est donc en cours au jour de la rédaction de cette page.
Ce qu’il faut retenir
Bruno Lafont illustre une double leçon : la réussite complète d’un parcours intra-groupe (auditeur devenu PDG du leader mondial) et le basculement judiciaire le plus sévère qu’ait connu un ancien patron du CAC 40. Pour d’autres parcours de bâtisseurs de groupes du bâtiment et de l’industrie, voir la biographie de Jean-Louis Beffa (Saint-Gobain) ou notre rubrique biographies.
Sources
Wikipédia « Bruno Lafont » (consulté le 23/10/2026), avec références primaires : communiqués Lafarge (2006-2015), Le Monde (20/11/2025, 16/12/2025 et 13/04/2026), Le HuffPost (13/04/2026), RTS (13/04/2026), Challenges. Décision de justice susceptible d’évolution en appel.
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