John McCain, né le 29 août 1936 dans la zone du canal de Panama et mort le 25 août 2018 en Arizona, fut sénateur républicain pendant plus de trente ans, candidat à la présidence des États-Unis en 2008 et — fait peu connu — une figure de deux épisodes majeurs de la régulation financière américaine : le scandale Keating Five et la réforme du financement des campagnes électorales. Retour sur un parcours entre guerre, politique et Wall Street.
Issu d’une famille de militaires de haut rang — son père et son grand-père étaient tous deux amiraux quatre étoiles —, John McCain sort de l’Académie navale d’Annapolis en 1958 et devient pilote de l’Aéronavale. Envoyé au Vietnam, son avion est abattu au-dessus de Hanoï en octobre 1967 : prisonnier de guerre pendant cinq ans et demi, il refuse une libération anticipée que ses geôliers lui proposaient en raison du rang de son père. Torturé, il en revient avec des séquelles physiques permanentes — une expérience qui fondera sa stature politique et morale.
Le Keating Five : le scandale financier qui a changé sa carrière
Élu à la Chambre des représentants en 1982 puis au Sénat en 1986, John McCain connaît en 1989 le principal revers de sa carrière : le scandale Keating Five. Avec quatre autres sénateurs, il avait rencontré les régulateurs fédéraux pour le compte de Charles Keating, patron de Lincoln Savings and Loan, une caisse d’épargne au cœur de la crise des savings and loans — une débâcle qui coûtera des milliards aux contribuables américains. McCain, qui avait reçu des contributions de campagne de Keating, est blâmé par la commission d’éthique du Sénat pour avoir fait preuve de « jugement défaillant », sans poursuite. Marqué par l’épisode, il en fera le moteur de son combat pour la transparence financière de la vie politique — une leçon de gouvernance qui résonne avec les débats sur la regulation des marchés que nous couvrons dans notre rubrique Bourse.
McCain-Feingold : la réforme du financement des campagnes
De cette expérience naît sa signature législative : la loi McCain-Feingold (Bipartisan Campaign Reform Act, 2002), co-écrite avec le démocrate Russell Feingold, qui restreint les donations d’entreprises et de syndicats et régule les publicités politiques — la plus grande réforme du financement des campagnes américaines depuis les années 1970. Ce positionnement « réformateur » contre l’argent en politique fait de lui l’un des rares sénateurs républicains régulièrement en rupture avec son camp, d’où son surnom de « maverick ».
2008 : la candidature à la présidence
Candidat du Parti républicain à l’élection présidentielle de 2008 après avoir échoué en 2000 face à George W. Bush, il choisit comme colistière la gouverneure de l’Alaska Sarah Palin — un choix souvent analysé comme l’ouverture de la fracture populiste du parti. Il est battu par Barack Obama (45,7 % contre 52,9 % des voix). Lors des campagnes, il se distingue en corrigeant lui-même en public les propos extrêmes tenus contre son adversaire, dans des séquences devenues emblématiques.
Les dernières années : une voix indépendante au Sénat
Président de la commission des Forces armées du Sénat, John McCain devient dans les années 2010 l’une des voix les plus indépendantes du Congrès : vote célèbre contre l’abrogation de l’Obamacare en 2017 (d’un geste du pouce devenu historique), positions critiques sur la Russie et sur les tarifs douaniers. Diagnostiqué d’un glioblastome en juillet 2017, il cesse ses traitements en août 2018 et meurt le 25 août, à 81 ans, un jour avant l’anniversaire de sa naissance. Ses funérailles nationales, à Washington, réunissent les présidents Obama et Bush — selon ses propres souhaits, le président en exercice n’y étant pas convié.
Ce qu’il faut retenir
Au-delà du héros de guerre et du candidat, John McCain reste pour l’histoire financière l’homme qui transforma un scandale personnel en réforme structurelle du financement politique — un cas d’école de gouvernance, du Keating Five au McCain-Feingold. Pour d’autres parcours de figures publiques ayant marqué la régulation et les marchés, consultez notre rubrique biographies.
Sources
Wikipédia « John McCain » et sources primaires usuelles : commission d’éthique du Sénat américain (rapport Keating Five, 1991), Bipartisan Campaign Reform Act (2002), résultats officiels de l’élection présidentielle 2008 (Federal Election Commission). Page evergreen — faits établis et vérifiables.
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