EBITDAR : définition, formule et exemple

L’EBITDAR est un indicateur financier utilisé pour comparer la rentabilité opérationnelle d’entreprises qui louent une grande partie de leurs actifs, comme les compagnies aériennes, les hôtels, les restaurants, les enseignes de distribution ou les maisons de retraite. Il s’agit de l’EBITDA (excédent brut d’exploitation) avant déduction des loyers. Voici sa définition, sa formule, un exemple chiffré, les secteurs où il est utilisé et l’impact de la norme IFRS 16 qui en a changé la portée depuis 2019.

Définition et signification des lettres

EBITDAR est l’acronyme anglais de Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, Amortization and Rent (ou parfois Restructuring, ou Rent and Restructuring). En français : résultat avant intérêts, impôts, dépréciations, amortissements et loyers.

  • Earnings : le résultat de l’entreprise ;
  • Interest : les intérêts de la dette ;
  • Taxes : l’impôt sur les bénéfices ;
  • Depreciation et Amortization : les dotations aux amortissements et dépréciations des actifs ;
  • Rent : les loyers, notamment de biens immobiliers ou d’équipements loués (avions, magasins, hôtels).

Lorsque la lettre R désigne les « restructurations », l’indicateur exclut les charges exceptionnelles liées à des plans de réorganisation. Il faut donc toujours vérifier la définition retenue par l’entreprise.

Formule

La formule la plus courante est :

EBITDAR = EBITDA + charges de loyers

Ou, en partant du résultat net : EBITDAR = résultat net + impôts + charges d’intérêts + amortissements et dépréciations + loyers.

Pourquoi cet indicateur existe

Deux compagnies aériennes peuvent exploiter la même flotte de façon très différente : l’une achète ses avions, l’autre les loue. Pour la première, le coût des avions apparaît sous forme d’amortissements et d’intérêts, exclus de l’EBITDA. Pour la seconde, il apparaît sous forme de loyers, déduits avant l’EBITDA. Résultat : à performance opérationnelle identique, l’EBITDA de la compagnie qui loue paraît plus faible.

L’EBITDAR neutralise cette différence en réintégrant les loyers. Il permet de comparer la performance opérationnelle « pure » des entreprises, indépendamment de leur choix de financement des actifs (achat ou location).

Exemple chiffré

En millions d’euros Compagnie A (propriétaire) Compagnie B (locataire)
Chiffre d’affaires 1 000 1 000
Charges d’exploitation hors loyers 800 800
Loyers d’avions 0 80
EBITDA 200 120
EBITDAR 200 200

L’EBITDA donne l’impression que la compagnie A est bien plus rentable. L’EBITDAR montre que leur performance opérationnelle est identique ; la différence tient uniquement au mode de financement des avions. Pour juger l’endettement, les analystes utilisent alors souvent un ratio « dette ajustée / EBITDAR », dans lequel les engagements de location sont ajoutés à la dette.

Les secteurs qui utilisent l’EBITDAR

  • Transport aérien : une part importante des flottes mondiales est louée auprès de loueurs spécialisés ; pour un exemple concret, voir notre analyse de l’action Air France-KLM.
  • Hôtellerie : de nombreux groupes exploitent des hôtels sous contrat de location ou de gestion.
  • Distribution et restauration : les magasins et restaurants sont fréquemment loués.
  • Santé et maisons de retraite : les exploitants louent souvent leurs établissements à des investisseurs immobiliers. Le cas de l’exploitant d’Ehpad Orpea, dont les engagements locatifs et la dette ont conduit à une restructuration financière massive en 2023-2024, a montré l’importance de bien mesurer ce poids.

IFRS 16 : ce qui a changé depuis 2019

Depuis le 1er janvier 2019, la norme comptable internationale IFRS 16 impose aux entreprises qui l’appliquent d’inscrire la plupart de leurs contrats de location au bilan : un actif (droit d’utilisation) et une dette locative. Les loyers ne sont plus comptabilisés en charges d’exploitation, mais remplacés par un amortissement du droit d’utilisation et des intérêts sur la dette locative.

Conséquence : sous IFRS 16, l’EBITDA intègre déjà l’essentiel de l’effet des loyers, et se rapproche de l’EBITDAR. L’EBITDAR reste toutefois utile :

  • pour comparer avec des entreprises appliquant d’autres normes (comme les normes américaines, qui traitent différemment certaines locations) ;
  • pour les contrats exclus d’IFRS 16 (locations de courte durée, de faible valeur, loyers variables) ;
  • pour analyser des séries historiques antérieures à 2019.

Les ratios construits à partir de l’EBITDAR

Les analystes et les agences de notation utilisent l’EBITDAR dans plusieurs ratios d’endettement et de solvabilité :

  • Dette nette ajustée / EBITDAR : la dette financière est augmentée des engagements locatifs (souvent estimés autrefois en multipliant les loyers annuels par un coefficient, par exemple 7 ou 8 pour l’aérien). Ce ratio mesure le nombre d’années de résultat opérationnel nécessaires pour rembourser l’ensemble des engagements.
  • Couverture des charges fixes : EBITDAR divisé par la somme des intérêts et des loyers. Un ratio inférieur à 1,5 signale une capacité limitée à faire face aux engagements en cas de baisse d’activité.
  • Marge d’EBITDAR : EBITDAR rapporté au chiffre d’affaires, utile pour comparer l’efficacité opérationnelle de compagnies ou d’hôtels de tailles différentes.

Ces ratios sont particulièrement surveillés dans les secteurs cycliques comme l’aérien : lors de la crise sanitaire de 2020, les loyers d’avions sont restés dus alors que le chiffre d’affaires s’effondrait, ce qui a fragilisé de nombreuses compagnies.

Les limites de l’EBITDAR

  1. Ce n’est pas de la trésorerie. Les loyers doivent être payés ; un EBITDAR élevé ne garantit pas que l’entreprise couvre ses engagements.
  2. Il ignore l’intensité capitalistique. Comme l’EBITDA, il ne tient pas compte des investissements nécessaires au renouvellement des actifs.
  3. Les définitions varient. Il ne s’agit pas d’un agrégat normé ; chaque entreprise peut l’ajuster différemment.

Pour aller plus loin sur l’analyse des comptes, consultez notre guide d’analyse fondamentale. Pour se positionner à court terme sur les valeurs du transport ou de l’hôtellerie lors des publications de résultats, certains investisseurs utilisent des CFD ; notre avis sur Vantage présente un courtier qui en propose. Les CFD sont des produits à effet de levier, à risque élevé de perte. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

FAQ

Quelle est la différence entre EBITDA et EBITDAR ?

L’EBITDAR ajoute les loyers à l’EBITDA. Il permet de comparer des entreprises qui louent leurs actifs avec celles qui les possèdent.

Dans quels secteurs utilise-t-on l’EBITDAR ?

Surtout dans le transport aérien, l’hôtellerie, la distribution, la restauration et les maisons de retraite, où la location d’actifs est fréquente.

L’EBITDAR est-il encore utile avec IFRS 16 ?

Moins qu’avant, car IFRS 16 inscrit la plupart des locations au bilan depuis 2019, mais il reste utile pour comparer des entreprises sous normes différentes et analyser les données historiques.