Action en réserve : définition et rachat d’actions

Une action en réserve est une action qu’une société a émise puis rachetée sur le marché et qu’elle conserve dans ses comptes, au lieu de l’annuler. On parle aussi d’action autodétenue en France, et de « treasury share » en anglais. Ces titres ne donnent ni droit de vote ni dividende tant qu’ils restent détenus par la société. Les rachats d’actions sont devenus l’un des principaux moyens de rémunérer les actionnaires. Voici la définition, le fonctionnement, l’usage des actions en réserve, leur traitement comptable et leur effet pour l’investisseur.

Définition

Une société cotée peut racheter ses propres actions sur le marché, dans le cadre d’un programme autorisé par l’assemblée générale. Une fois rachetées, ces actions peuvent être :

  • annulées : le capital est réduit et le nombre d’actions en circulation diminue définitivement ;
  • conservées « en réserve » : la société les garde en portefeuille, pour les réutiliser plus tard.

Les actions en réserve restent émises, mais elles ne sont plus en circulation : elles ne sont pas prises en compte pour le calcul du bénéfice par action, ne perçoivent pas de dividende et ne votent pas en assemblée générale.

Pourquoi une société conserve-t-elle des actions en réserve ?

Usage Explication
Plans d’actionnariat salarié Attribuer des actions gratuites ou de performance aux salariés et dirigeants sans émettre de nouveaux titres
Couverture d’options Livrer des actions aux bénéficiaires de stock-options qui exercent leurs droits
Obligations convertibles Livrer des actions existantes aux porteurs qui demandent la conversion
Acquisitions Payer tout ou partie d’un rachat d’entreprise en actions, sans dilution supplémentaire
Contrat de liquidité Permettre à un intermédiaire d’animer le marché du titre pour en améliorer la liquidité

Le cadre en France

En France, un programme de rachat d’actions doit être autorisé par l’assemblée générale des actionnaires, pour une durée maximale de 18 mois. La société ne peut pas détenir plus de 10 % de son capital. Les objectifs du programme doivent être précisés, et les opérations sont déclarées à l’Autorité des marchés financiers. Le règlement européen sur les abus de marché encadre aussi les conditions de prix et de volume pour éviter toute manipulation du cours.

Le traitement comptable

Dans les comptes consolidés établis selon les normes IFRS, les actions autodétenues sont présentées en déduction des capitaux propres, et non comme un actif. Les plus ou moins-values réalisées lors de leur revente ne passent pas par le compte de résultat : elles sont directement imputées sur les capitaux propres. Cette règle évite qu’une entreprise ne gonfle ses bénéfices en spéculant sur ses propres titres.

Exemple chiffré

Une société compte 100 millions d’actions et réalise un bénéfice net de 500 millions d’euros, soit 5 euros par action. Elle rachète 5 millions d’actions et les conserve en réserve :

  • le nombre d’actions en circulation passe à 95 millions ;
  • à bénéfice inchangé, le bénéfice par action passe à environ 5,26 euros, soit une hausse d’environ 5 % ;
  • chaque actionnaire restant détient mécaniquement une part un peu plus importante de l’entreprise.

Si la société réutilise ensuite ces actions pour un plan d’actions gratuites, le nombre d’actions en circulation remonte, et l’effet relutif disparaît en partie.

Rachats d’actions et dividendes

Les rachats d’actions sont une alternative ou un complément au dividende pour rendre de l’argent aux actionnaires. Aux États-Unis, les grandes entreprises technologiques consacrent chaque année des dizaines de milliards de dollars à ces programmes. En Europe et en France, la pratique s’est fortement développée depuis les années 2010 ; plusieurs groupes du CAC 40, dans l’énergie, le luxe ou la banque, mènent des programmes réguliers.

Les rachats présentent plusieurs avantages : ils sont flexibles, peuvent être interrompus, et soutiennent le bénéfice par action. Leurs détracteurs estiment qu’ils sont parfois réalisés à des prix élevés et détournent des ressources de l’investissement productif. Le débat est vif en France, où certains proposent de les taxer davantage.

Les termes à ne pas confondre

  • Actions autorisées : le nombre maximum d’actions que la société peut émettre, selon ses statuts ou les autorisations de l’assemblée générale.
  • Actions émises : les actions effectivement créées depuis l’origine.
  • Actions en circulation : les actions émises moins les actions en réserve ; ce sont elles qui servent au calcul du bénéfice par action et de la capitalisation.
  • Actions annulées : les actions rachetées puis supprimées, qui n’existent plus.

Dans les rapports annuels, la société indique généralement le nombre d’actions autodétenues à la clôture de l’exercice et leur affectation (couverture des plans salariés, contrat de liquidité, annulation).

Ce qu’il faut regarder en tant qu’actionnaire

  1. Le prix payé : un rachat crée de la valeur s’il est réalisé à un cours inférieur à la valeur intrinsèque de l’entreprise.
  2. Le devenir des titres : les actions sont-elles annulées ou conservées pour des plans d’actions gratuites qui diluent à nouveau ?
  3. Le financement : un rachat financé par la dette augmente le risque financier.
  4. Le nombre d’actions en circulation sur plusieurs années, indicateur simple de la politique de l’entreprise.

Pour aller plus loin, consultez notre guide d’analyse fondamentale, qui explique comment lire les capitaux propres et le bénéfice par action. Les annonces de rachats d’actions font souvent réagir les cours à court terme ; pour se positionner sur ces mouvements, certains investisseurs utilisent des CFD ; notre avis sur Vantage présente un courtier qui en propose. Les CFD sont des produits à effet de levier, à risque élevé de perte. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

En résumé

Les actions en réserve sont un outil de gestion du capital : elles permettent de servir les plans salariés, de payer des acquisitions ou d’animer le marché du titre sans émettre de nouvelles actions. Pour l’actionnaire, l’enjeu est de vérifier que les rachats sont réalisés à bon prix et que les titres rachetés ne servent pas simplement à compenser une dilution permanente.

FAQ

Qu’est-ce qu’une action en réserve ?

Une action émise puis rachetée par la société émettrice, qui la conserve sans l’annuler. Elle ne donne ni droit de vote ni dividende tant qu’elle est détenue par la société.

Quelle différence entre action en réserve et action annulée ?

L’action en réserve peut être réutilisée plus tard (plans salariés, acquisitions) ; l’action annulée disparaît définitivement et réduit le capital.

Combien d’actions une société française peut-elle racheter ?

Elle ne peut pas détenir plus de 10 % de son propre capital, dans le cadre d’un programme autorisé par l’assemblée générale pour 18 mois au maximum.