Richard Fuld : biographie du dernier PDG de Lehman Brothers

Richard Fuld est le dernier président-directeur général de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, dont la faillite, le 15 septembre 2008, est devenue le symbole de la crise financière mondiale. Né le 26 avril 1946 à New York, entré chez Lehman comme trader en 1969, il en a pris la tête en 1993 et l’a transformée en l’un des géants de Wall Street, avant qu’un endettement excessif et une exposition massive à l’immobilier ne précipitent sa chute. Voici sa biographie et les leçons de l’effondrement de Lehman pour les investisseurs.

Jeunesse et formation

Richard Severin Fuld Jr. grandit dans la région de New York. Il obtient un diplôme de l’université du Colorado à Boulder en 1969, puis un MBA de la Stern School of Business de l’université de New York en 1973. Pendant ses études, il participe au programme d’entraînement de la réserve, mais sa carrière de pilote dans l’armée de l’air américaine s’interrompt après une altercation avec un officier.

Une carrière entière chez Lehman Brothers

Richard Fuld entre chez Lehman Brothers en 1969 comme trader sur les obligations. Il gravit les échelons au sein des activités de marché. En 1984, la banque est rachetée par American Express, une période qu’il décrira plus tard comme l’une des pires de sa carrière. En 1994, American Express se sépare de Lehman, qui est introduite en Bourse ; Richard Fuld, déjà nommé à la tête de la banque, en devient président-directeur général.

Pendant près de quinze ans, il développe la banque de manière spectaculaire : Lehman devient la quatrième banque d’affaires américaine, très présente dans les obligations, la titrisation et l’immobilier commercial. Richard Fuld, surnommé « le gorille » à Wall Street pour son style combatif, est alors l’un des dirigeants les plus admirés et les mieux payés du secteur.

2007-2008 : de la crise des subprimes à la faillite

Lehman Brothers est fortement exposée au marché immobilier américain : elle détient des prêts hypothécaires, des titres adossés à ces prêts et des actifs immobiliers commerciaux, financés avec un effet de levier très élevé, de l’ordre de 30 fois ses fonds propres. Lorsque la crise des subprimes éclate en 2007, la valeur de ces actifs chute et les pertes s’accumulent.

Date Événement
Mars 2008 Sauvetage de Bear Stearns, rachetée par JPMorgan avec l’appui de la Réserve fédérale ; les doutes se portent sur Lehman
Juin 2008 Lehman annonce une perte trimestrielle de 2,8 milliards de dollars
Septembre 2008 Annonce de nouvelles pertes, effondrement du cours, échec des négociations de rachat avec Bank of America et Barclays
15 septembre 2008 Dépôt de bilan de Lehman Brothers, la plus grande faillite de l’histoire des États-Unis

Les autorités américaines refusent d’apporter une garantie publique à un éventuel repreneur. La faillite provoque une panique sur les marchés mondiaux, le gel des marchés interbancaires et, dans les semaines suivantes, des plans de sauvetage massifs des banques aux États-Unis et en Europe.

La controverse sur les rémunérations

Richard Fuld a été vivement critiqué pour les rémunérations qu’il a perçues pendant les années précédant la faillite. Selon les chiffres rapportés, il a reçu environ 37 millions de dollars au titre de 2007, alors que la banque accumulait des risques. Entendu par le Congrès américain en octobre 2008, il a défendu ses décisions et affirmé que la banque avait été victime d’une crise de confiance. Une partie importante de sa fortune était cependant constituée d’actions Lehman, devenues sans valeur. Il n’a pas été poursuivi pénalement. Après la faillite, il a créé une société de conseil et de gestion de fortune, Matrix Advisors.

Lehman dans la culture populaire

La chute de Lehman a inspiré de nombreux livres et films. Dans Margin Call (2011), le dirigeant de la banque fictive, joué par Jeremy Irons, s’appelle John Tuld, un nom volontairement proche de celui de Richard Fuld. Le téléfilm Too Big to Fail (2011) retrace les derniers jours de la banque.

Les leçons pour l’investisseur

  1. L’effet de levier tue : une banque financée à 30 fois ses fonds propres perd l’intégralité de son capital si ses actifs baissent d’un peu plus de 3 %.
  2. La confiance est l’actif le plus fragile d’une banque : quand les contreparties doutent, le financement à court terme disparaît en quelques jours.
  3. « Trop gros pour faire faillite » n’est pas une garantie : les actionnaires de Lehman ont tout perdu.
  4. La réglementation a changé : la crise a conduit à Bâle III, aux tests de résistance et à des exigences de fonds propres et de liquidité bien plus strictes. Voir notre définition de la réglementation prudentielle.

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Ce qui a changé depuis Lehman

La faillite de Lehman Brothers a entraîné une refonte profonde de la régulation financière. Aux États-Unis, la loi Dodd-Frank de 2010 a renforcé la supervision des grandes banques, instauré des tests de résistance annuels et créé un cadre pour la résolution ordonnée des établissements en difficulté. Au niveau international, les accords de Bâle III ont relevé les exigences de fonds propres et introduit des ratios de liquidité et de levier. Les grandes banques doivent désormais préparer des « testaments » décrivant comment elles pourraient être démantelées sans recours à l’argent public. Enfin, une partie des produits dérivés négociés de gré à gré doit passer par des chambres de compensation. Ces règles n’ont pas supprimé les crises, comme l’a montré la faillite de Silicon Valley Bank en 2023, mais elles ont rendu le cœur du système bancaire plus solide.

Richard Fuld en dates clés

1946 : naissance à New York. 1969 : entrée chez Lehman Brothers comme trader. 1984 : rachat de Lehman par American Express. 1994 : introduction en Bourse et indépendance de Lehman, dont il est PDG. 2007 : rémunération d’environ 37 millions de dollars. 15 septembre 2008 : faillite. Octobre 2008 : audition devant le Congrès.

FAQ

Qui était Richard Fuld ?

Le président-directeur général de Lehman Brothers de 1994 jusqu’à sa faillite en septembre 2008.

Quand Lehman Brothers a-t-elle fait faillite ?

Le 15 septembre 2008, ce qui en fait la plus grande faillite de l’histoire des États-Unis.

Richard Fuld a-t-il été condamné ?

Non, il n’a pas fait l’objet de poursuites pénales, mais il a été vivement critiqué, notamment devant le Congrès américain.