Michel Rollier : biographie de l’ex-gérant de Michelin

Michel Rollier a dirigé Michelin de 2006 à 2012, à un moment particulièrement délicat : il a pris la tête du groupe après la mort accidentelle de son cousin Édouard Michelin, puis l’a conduit à travers la crise financière de 2008-2009. Né le 19 septembre 1944 à Annecy, juriste et financier de formation, il a ensuite présidé le conseil de surveillance du groupe de 2013 à 2021. Son parcours permet aussi de comprendre une particularité de Michelin : sa structure de société en commandite par actions, où les gérants sont responsables sur leurs biens personnels.

Une famille liée à Michelin

Michel Rollier est le fils de François Rollier, qui fut cogérant de Michelin avec son cousin germain François Michelin de 1966 à 1992, et qui présida aussi Citroën à l’époque où le constructeur appartenait au groupe de Clermont-Ferrand. Son frère aîné, Philippe Rollier, a dirigé les activités nord-américaines du cimentier Lafarge.

Après un baccalauréat obtenu à Annecy en 1960, il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (section service public, 1967), puis obtient en 1968 un diplôme d’études supérieures spécialisées en droit à l’université de Paris.

Vingt-cinq ans chez Aussedat Rey

Avant Michelin, Michel Rollier fait l’essentiel de sa carrière chez le papetier Aussedat Rey, entreprise d’origine savoyarde. Il y entre en 1971 comme contrôleur de gestion, devient directeur d’unité opérationnelle en 1982, directeur financier en 1987, puis directeur général adjoint de 1994 à 1996. Cette longue expérience industrielle et financière dans une entreprise de taille moyenne forge un profil de gestionnaire rigoureux.

L’entrée chez Michelin et l’ascension

En 1996, il rejoint Michelin comme directeur juridique et directeur des opérations financières. Membre du comité exécutif, il prend en octobre 1999 la responsabilité de l’ensemble de la direction financière et juridique du groupe. En mai 2005, il est élu gérant associé commandité de la Compagnie générale des établissements Michelin, aux côtés d’Édouard Michelin.

En mai 2006, Édouard Michelin meurt dans un accident de bateau au large de l’île de Sein. Michel Rollier prend alors la tête du groupe, dans une période de deuil et d’incertitude. Il assure la continuité, puis associe à la gérance Jean-Dominique Senard, qui deviendra son successeur.

Diriger Michelin pendant la crise de 2008-2009

La crise financière frappe durement l’industrie automobile : les ventes de véhicules neufs s’effondrent fin 2008, entraînant une chute de la demande de pneus de première monte. Michelin réduit sa production, adapte ses capacités et préserve sa trésorerie. Le groupe s’appuie sur la résistance du marché du remplacement, moins sensible au cycle que la première monte, et sur ses pneus pour poids lourds et activités de spécialités.

La sortie de crise est rapide : en 2010, Michelin renoue avec une forte rentabilité, portée par la reprise du marché et par des hausses de prix destinées à compenser l’envolée du caoutchouc naturel. Le 11 mai 2012, Michel Rollier quitte la gérance, laissant Jean-Dominique Senard seul gérant du groupe.

Pour suivre le groupe aujourd’hui, consultez notre analyse de l’action Michelin.

Rémunération et commandite : un cas particulier

En 2010, Michel Rollier a perçu environ 4,5 millions d’euros, ce qui en a fait, selon les classements publiés cette année-là, le dirigeant le mieux rémunéré du CAC 40. Ce montant s’explique en grande partie par le mécanisme propre à Michelin :

  • Michelin est une société en commandite par actions. Les associés commandités, dont les gérants, sont indéfiniment responsables des dettes de la société sur leurs biens personnels.
  • En contrepartie de ce risque, les statuts prévoient que les associés commandités perçoivent une part des bénéfices, appelée prélèvement statutaire. Lorsque les profits sont élevés, comme en 2010 après la crise, ce prélèvement augmente fortement.
  • Les actionnaires, appelés associés commanditaires, ne sont responsables qu’à hauteur de leurs apports, comme dans une société anonyme classique.

Ce modèle, partagé par d’autres groupes comme Hermès ou Lagardère jusqu’en 2021, protège l’entreprise des prises de contrôle hostiles et responsabilise les dirigeants. Il réduit en revanche le pouvoir des actionnaires sur le choix des gérants.

Caractéristique Société anonyme Commandite par actions (Michelin)
Responsabilité des dirigeants Limitée (sauf faute) Illimitée pour les gérants commandités
Nomination des dirigeants Par le conseil d’administration Encadrée par les associés commandités
Protection contre les OPA hostiles Faible Forte
Rémunération des dirigeants Fixée par le conseil, votée par l’AG Inclut un prélèvement statutaire sur les bénéfices

Après la gérance : conseil de surveillance et filière automobile

De 2013 à 2021, Michel Rollier préside le conseil de surveillance de Michelin. Il préside aussi la Plateforme de la filière automobile (PFA), qui fédère constructeurs et équipementiers français, de 2012 à fin 2017, ainsi que le conseil de surveillance du groupe Somfy à partir de 2013. Il a été administrateur de Lafarge et président de Siparex Associés. Il est chevalier de la Légion d’honneur.

Ce que son parcours apprend à l’investisseur

  1. Le marché du remplacement amortit les cycles. Les pneus s’usent quelle que soit la conjoncture ; cette activité récurrente rend Michelin plus résistant que les constructeurs automobiles. Pour comparer, voir notre analyse de l’action Stellantis.
  2. La structure juridique compte. Avant d’investir, il faut savoir si l’on achète des actions d’une société anonyme ou d’une commandite, et ce que cela implique pour la gouvernance.
  3. La gestion de crise se juge à la sortie. Préserver la trésorerie en 2009 a permis à Michelin de profiter pleinement de la reprise de 2010.

Michelin est éligible au PEA. Pour se positionner à court terme sur les valeurs automobiles et équipementiers, certains investisseurs utilisent des CFD ; notre avis sur Vantage présente un courtier qui en propose. Les CFD sont des produits à effet de levier, à risque élevé de perte. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.

FAQ

Quand Michel Rollier a-t-il dirigé Michelin ?

Il a été gérant associé commandité de mai 2005 au 11 mai 2012 et a pris la tête du groupe en mai 2006, après la mort d’Édouard Michelin. Il a ensuite présidé le conseil de surveillance de 2013 à 2021.

Pourquoi Michel Rollier était-il le patron le mieux payé du CAC 40 en 2010 ?

Sa rémunération d’environ 4,5 millions d’euros incluait le prélèvement statutaire sur les bénéfices versé aux associés commandités de Michelin, en contrepartie de leur responsabilité illimitée.

Qui a succédé à Michel Rollier ?

Jean-Dominique Senard, devenu seul gérant de Michelin en mai 2012.