André Citroën (1878-1935) est l’un des grands noms de l’industrie française. Ingénieur polytechnicien, il n’a pas inventé l’automobile, mais il a été l’un des premiers en Europe à la produire en grande série, à la vendre comme un produit de masse et à en faire un objet de communication. Sa vie est aussi une leçon d’économie : un succès industriel spectaculaire, financé par une dette croissante, qui s’achève par une faillite et la reprise de l’entreprise par Michelin. En 2026, son nom revient dans l’actualité avec la campagne pour son entrée au Panthéon.
Jeunesse : un fils d’immigrés passionné de technique
André Citroën naît le 5 février 1878 à Paris, au 44 rue Laffitte, dans le 9e arrondissement. Il est le cinquième et dernier enfant de Levie Citroen, diamantaire juif néerlandais installé à Paris en 1873, et d’Amalia Kleinmann, originaire de Varsovie. Le nom de famille vient d’un ancêtre marchand d’agrumes aux Pays-Bas (« citroen » signifie citron en néerlandais) ; c’est André qui adopte le tréma sur le « e ».
Son enfance est marquée par un drame : en 1884, son père se suicide après une spéculation malheureuse sur une mine de diamants en Afrique du Sud. Élève brillant au lycée Condorcet, fasciné par Jules Verne et par la construction de la tour Eiffel, André intègre l’École polytechnique en 1898.
Les engrenages à chevrons : la naissance d’un logo
En 1900, lors d’un voyage en Pologne, il découvre un procédé de fabrication d’engrenages à denture en V. Ces engrenages, plus silencieux et capables de transmettre de fortes puissances, exigent une grande précision d’usinage. André Citroën achète la licence et met au point une fabrication industrielle en acier. En 1901, il fonde avec deux amis de lycée une entreprise d’engrenages dans le faubourg Saint-Denis.
Ce double chevron deviendra plus tard l’emblème de la marque automobile : l’un des logos les plus reconnaissables de l’industrie mondiale trouve son origine dans une pièce mécanique.
Mors, l’Amérique et la découverte de la production de masse
À partir de 1906, il est appelé au chevet du constructeur automobile Mors, alors en difficulté. Il en réorganise la gestion et la gamme : la production passe de 300 voitures en 1908 à 800 en 1913. En 1912, un voyage aux États-Unis le marque profondément : il visite l’usine Ford et découvre la production à la chaîne. Son ambition devient de devenir un « Henry Ford européen ».
1915-1918 : l’usine d’obus du quai de Javel
Mobilisé en 1914 comme officier d’artillerie, il constate la pénurie de munitions. En janvier 1915, il propose au ministère de la Guerre de construire en quelques mois une usine capable de produire des obus de 75 à une cadence inédite. Sur les terrains du quai de Javel, à Paris, il édifie une usine ultramoderne où travaillent jusqu’à 13 000 ouvrières. Elle produit au total environ 23 millions d’obus. L’usine est aussi citée pour ses services sociaux, rares à l’époque : cantine, infirmerie, crèche.
1919 : la Type A et la première voiture européenne de grande série
Dès l’armistice, l’usine perd ses commandes militaires. André Citroën l’a anticipé : il reconvertit le site en usine automobile en quelques mois. En janvier 1919, il annonce à la presse une voiture vendue 7 250 francs, environ la moitié du prix de la moins chère du marché. La campagne génère plus de 16 000 demandes de renseignements en deux semaines.
La Citroën Type A, conçue par l’ingénieur Jules Salomon, sort la même année. Elle est présentée comme la première voiture européenne fabriquée en grande série, avec un objectif de 30 voitures par jour. En 1929, Citroën produit 102 891 automobiles, près d’un tiers de la production française, et emploie environ 32 000 ouvriers dans ses usines de Javel, Suresnes, Clichy, Saint-Ouen et Grenelle.
Un génie du marketing avant l’heure
André Citroën comprend avant les autres que la publicité fait vendre :
- le 4 octobre 1922, un avion écrit « Citroën » en lettres de fumée au-dessus de l’Arc de Triomphe lors du Salon de l’automobile ;
- de 1925 à 1933, une gigantesque enseigne lumineuse fait de la tour Eiffel un panneau publicitaire géant ;
- les expéditions en autochenilles Kégresse frappent l’opinion : traversée du Sahara (1922-1923), Croisière noire en Afrique (1924), Croisière jaune en Asie (1931) ;
- il innove aussi dans l’après-vente : manuel du conducteur, réseau de concessionnaires, pièces détachées d’origine garanties.
La Traction Avant et la faillite de 1934
En 1933, pour rester compétitif face à Louis Renault, André Citroën fait reconstruire en quelques mois l’usine de Javel, devenue l’une des plus modernes d’Europe. Il engage l’ingénieur André Lefebvre, qui conçoit en un an la Traction Avant, présentée le 24 mars 1934. La voiture est révolutionnaire, mais l’entreprise est épuisée financièrement : un rapport de la Banque de France publié en mai 1934 fait état de pertes de 200 millions de francs.
Les banques refusent de continuer à le suivre et l’État ne souhaite pas intervenir. Le 21 décembre 1934, la société Citroën est placée en liquidation judiciaire. Le principal créancier, Michelin, reprend l’entreprise. En janvier 1935, André Citroën cède ses actions ; Pierre Michelin le remplace à la présidence en juillet. Malade, André Citroën meurt le 3 juillet 1935 à Paris, à 57 ans.
L’héritage : de Michelin à Stellantis
La marque survit et prospère sous l’égide de Michelin, avec des modèles devenus mythiques comme la 2 CV (1948) et la DS (1955). En 1976, Peugeot reprend Citroën, donnant naissance au groupe PSA Peugeot Citroën. En janvier 2021, la fusion de PSA et de Fiat Chrysler crée Stellantis, dont Citroën est l’une des quatorze marques.
À Paris, le quai de Javel a été rebaptisé quai André-Citroën en 1958, et l’ancienne usine a laissé place au parc André-Citroën. Depuis plusieurs années, la famille, notamment son petit-fils Henri-Jacques Citroën, plaide pour son entrée au Panthéon. Le 26 août 2026, le président du Medef, Patrick Martin, a publiquement soutenu cette candidature lors de l’université d’été de l’organisation.
Ce que l’histoire d’André Citroën apprend à l’investisseur
La trajectoire de Citroën offre des leçons qui valent toujours pour analyser les constructeurs automobiles cotés :
- Le volume ne suffit pas. Citroën vendait beaucoup, mais à des prix très bas pour conquérir le marché. Sans marge suffisante, la croissance financée par la dette devient fragile. En Bourse, on regarde la marge opérationnelle et le flux de trésorerie, pas seulement les ventes.
- L’industrie automobile est très intensive en capital. Reconstruire une usine ou lancer un modèle révolutionnaire coûte des sommes considérables. C’est vrai en 2026 avec la transition vers l’électrique, qui pèse sur les comptes de tous les constructeurs.
- Le partenaire financier compte. Michelin, créancier, est devenu propriétaire. Les liens entre constructeurs et fournisseurs restent étroits ; notre analyse de l’action Michelin montre comment le pneumaticien s’est depuis diversifié.
Pour suivre l’héritier actuel de la marque aux chevrons, consultez notre fiche sur l’action Stellantis, et pour comparer avec le grand rival historique de Citroën, celle sur l’action Renault. Ces analyses sont informatives et ne constituent pas un conseil en investissement.
André Citroën en dates clés
| Année | Événement |
|---|---|
| 1878 | Naissance à Paris (5 février) |
| 1898 | Entrée à l’École polytechnique |
| 1901 | Création d’une entreprise d’engrenages à chevrons |
| 1906 | Prend la direction du redressement de Mors |
| 1915 | Construction de l’usine d’obus du quai de Javel |
| 1919 | Lancement de la Citroën Type A |
| 1924 | Croisière noire |
| 1934 | Traction Avant (mars), liquidation judiciaire (21 décembre) |
| 1935 | Reprise par Michelin ; décès le 3 juillet |
| 1976 | Naissance de PSA Peugeot Citroën |
| 2021 | Citroën devient une marque de Stellantis |
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FAQ
Pourquoi le logo Citroën a-t-il deux chevrons ?
Il rappelle les engrenages à denture en V (en chevrons) qu’André Citroën fabriquait au début de sa carrière, avant de se lancer dans l’automobile.
Pourquoi Citroën a-t-elle fait faillite en 1934 ?
L’entreprise s’était fortement endettée pour financer sa croissance, la reconstruction de l’usine de Javel et le développement de la Traction Avant, alors que ses prix de vente bas limitaient ses marges. Les banques ont refusé de la soutenir et elle a été placée en liquidation judiciaire le 21 décembre 1934.
À qui appartient Citroën aujourd’hui ?
Citroën est une marque du groupe Stellantis, né en 2021 de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles.
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